lundi 22 juillet 2019

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AUTUN : Il cognait sa femme... mais tout est de sa faute à elle

10/07/2019 15:28Lu 3431 foisImprimer l’article
Le mari violent part pour quatre mois en prison, mais ne pourra plus approcher sa future ex-épouse.
On la croirait tout droit sortie de Mustang (1), cette jeune femme aux traits pleins de caractère mais encore adoucis par sa jeunesse. Elle a environ 25 ans. Ses cheveux longs sont relevés en un chignon brouillon, elle porte un tee shirt Levis froissé sur un jean. Sa grande minceur lui donne une allure juvénile, pourtant elle est déjà maman deux fois. Elle s’est installée, à l’audience des comparutions immédiates de ce lundi 8 juillet au TGI de Chalon, tout au fond de la salle. Son mari va bientôt pénétrer sous escorte dans le box : il doit répondre de violences sur sa femme, violences répétées sur plusieurs mois dit la prévention. Elles auraient en réalité commencé à leur arrivée en France, alors qu’elle était enceinte.

« Grosses pressions familiales »


La communauté turque en France est une communauté très régressive, a longtemps expliqué Gaye Petek (2) au cours des formations qu’elle dispensait partout en France, aux travailleurs sociaux en contact avec cette partie de la population. La présidente d’Elele (3) racontait volontiers comment les femmes menaient une vie plus libre en Turquie-même, dans les villes, qu’en France. Nous avons pensé à ce regard informé au cours de cette audience de jugement. La salle était remplie pour une bonne part par des membres des familles du prévenu et de la victime. « Grosses pressions familiales » a-t-on entendu plusieurs fois, que ça soit de la présidente Pertuisot, de la vice-procureur, ou de maître Varlet, avocat de la défense.

« Le corollaire de la liberté c’est la responsabilité »


« Pressions familiales ». Sait-on vivre autrement qu’en mettant la pression quand soi-même on ne cesse d’être contraint par elle ? A cette base, Aline Saenz-Cobo, vice-procureur, ajoute des éléments de structure, au cours de longues réquisitions. On songe que ce dossier ne parle pas seulement de ce couple mais aussi d’une cause nationale, comme on dit, qui bientôt aura son « Grenelle ». Autant ne pas attendre grand-chose d’ailleurs de ce marketing effréné mais passons, car dans le box un homme de 26 ans est confronté à ses actes et se déporte constamment, se défausse, botte en touche, reporte sur la victime la cause de tout, ça tend les magistrats : on ne peut être confiant que la suite se déroulera bien si le prévenu n’assume pas vraiment ses responsabilités. « Le corollaire de la liberté c’est la responsabilité » lui glissera un des juges assesseurs qui l’interroge sur les valeurs cardinales de la France, sans obtenir un quelconque retour sur le sujet.

Elle travaille à son émancipation, pas lui


Ce sujet n’est pas celui qui préoccupe le prévenu, aussi trapu et épais que sa femme est brindille (« Vous lui tombez dessus, vous l’écrasez »). Il était pris dans les filets intrafamiliaux, le voici en plus pris dans les rets de la justice, c’est plutôt là qu’est le souci. Le linge sale se lave en famille chez les turcs comme ailleurs. Le sens du tripot semble universel.
 Les jeunes gens se marient en 2013, arrivent en France en 2014 et s’installent à Autun. Elle était enceinte du premier enfant, le second n’a pas tardé. Il a monté une petite entreprise de restauration rapide dont elle est gérante de droit, sauf qu’il est gérant de fait et employé. Il ne gagne pas des merveilles mais enfin il essaie. Premiers accès de colère accompagnés de gestes et de paroles qui font mal, la vie de couple est mal engagée. Elle pense (elle dit même le savoir) qu’il a des velléités d’aller voir ailleurs, comme on dit étrangement, elle rue dans les brancards. Elle veut passer son permis de conduire, elle suit une formation professionnelle. Lui de son côté ne parle toujours pas vraiment le français, et ne sait pas l’écrire ni le lire : pas d’émancipation pour lui. Un interprète l’assiste.

« Si je lui ai fait du mal, je m’excuse », « si »…


L’enjeu se corse et les violences avec. « Deux étranglements » relève la procureur. « C’était elle-même avec ses mains », répond le prévenu. « La photo montre une marque bleue sur le cou qui correspond davantage à un fil de rallonge », renvoient les magistrats. Les coups, des insultes, des colères subites ? « C’était à cause d’elle, j’étais dans le dialogue mais elle ne comprenait pas. » La procureur lui fait le détail des faits relevés, mais il répond : « Tous ces faits ce sont produits mais c’est sans rapport avec moi. Donc si je lui ai fait du mal, je m’excuse. » « Si. » Les gendarmes se sont fendus d’une note versée au dossier pour dire la difficulté de la jeune épouse pour porter plainte, et sa difficulté à se constituer partie civile. Maître Grebot a dû discuter avec elle, il explique qu’elle ne veut pas de dommages et intérêts, qu’il ne soit pas dit qu’elle a fait ça pour l’argent. Fait quoi ? Le 4 juillet dernier ce sont ses propres parents qui ont appelé les gendarmes. Le 4 juillet les militaires sont intervenus 3 fois dans la journée (!) parce que le prévenu tapait le scandale au centre de formation où sa femme travaillait à sa propre vie, puis en bas de chez eux, il l’immobilisait au sol, assis sur elle, le soir enfin, il bloque son beau-père et sa femme avec sa voiture. On l’interpelle.

« La parole de monsieur n’est pas libre à l’audience devant sa famille et celle de sa femme »


Maître Grebot reprend l’histoire des valeurs portées aux frontons de la République française. « Liberté, égalité, fraternité » Certes. A se demander comment il se fait qu’avec ça, on soit sans cesse confronté à la question de la violence, de l’inégalité entre les hommes et les femmes, quant à la fraternité, elle reste un horizon. Maître Varlet se fâche, justement : « C’est impensable, ce que j’ai entendu au cours de cette audience. Sa culture ?! Que de clichés ! Il ne peut pas dire, il ne peut pas avouer devant sa famille, mais il a tout reconnu par ailleurs. Il faut arrêter de jouer avec lui. Il faut qu’il fiche la paix à sa femme, c’est sûr, mais tout le monde a compris que la parole de monsieur n’est pas libre à l’audience devant sa famille et celle de sa femme. La famille est envahissante et polluante. »

Maintien en détention pour 4 mois


Le parquet avait requis 12 mois de prison dont 6 mois seraient assortis d’un SME de 3 ans, maintien en détention pour la partie ferme. Le tribunal condamne le jeune papa à 12 mois de prison dont 8 mois sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, avec obligation de soins, interdiction de contact avec son épouse, interdiction de paraître à son domicile. Il pourra voir ses enfants, il faudra saisir un juge aux affaires familiales pour le divorce et pour organiser le droit des petits à voir leur père. « C’est un bon père », témoignait la future ex-épouse.
Le tribunal ordonne le maintien en détention pour les 4 mois ferme, « vu la gravité des faits et leur réitération sur une courte période ». La jeune femme est reconnue partie civile.
Florence Saint-Arroman

(1) https://www.telerama.fr/festival-de-cannes/2015/l...
(2) https://cdn.reseau-canope.fr/archivage/valid/cont...
(3) « Elele » signifie « main dans la main »