lundi 19 août 2019
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AUTUN : Emmanuel Macron face aux élus

07/02/2019 11:27Lu 8349 foisImprimer l’article
Emmanuel Macron a répondu aux nombreuses questions des élus, notamment de Vincent Chauvet, maire d'Autun, de Marie-Claude Jarrot, maire de Montceau, de David Marti, maire du Creusot, et d'André Accary, président du Conseil Départemental.
Le Président de la République est arrivé à 11h13 parmi les élus et a très brièvement pris la parole après un tour de salle : «moment privilégié» qui doit être «parfaitement libre» au cours duquel il promet «d'entendre les revendications qui sont les votres». «Je rencontre les citoyens, mais j'ai aussi à cœur de rencontrer les élus. Pour que vous puissiez me faire remonter vos problématiques, et ce que vous voyez».

11h18 : Vincent Chauvet, le maire d'Autun, présente sa ville et des problématiques du jour.

11h21 : Marie-Claude Jarrot, maire de Montceau et présidente de l'AMF 71 : «Nous sommes inquiets, parfois désabusés, mais nous tenons bon car nous avons des responsabilités importantes. Lorsque nos concitoyens nous interpellent pour nous dire "nous cherchons du travail", on ne peut pas leur dire que ce n'est pas de notre compétence. Ou quand ils nous disent que la taxe des ordures ménagères est trop élevée, on ne peut les renvoyer vers l'EPCI. Nous avons besoin de souffler et de retrouver très vite cette liberté dans nos communes. Ce sont nous, les maires, qui savons le meilleur pour nos communes.
Nos adhérents, les maires ruraux, demandent des solutions d'accompagnement à long terme concernant la DGF. Ils demandent aussi quelle est la place pour les communes au sein des EPCI, et selon quelles prérogatives. Les incivilités les inquiètent aussi : nous manquons de moyens de prévention. M. le Président, nous souhaitons un dialogue franc, équilibré, car nous croyons à la République décentralisée, et non technocratisée.»

11h26 : C'est au tour du maire de Blanot, Jean-François Farenc, de prendre la parole : «Nous avons deux attentes fortes : restaurer la communes en évitant de faire des transferts de compétences vers les communautés de communes. Ce qui nous gène, c'est les transferts automatiques.

11h29 : Jean-Patrick Courtois, le maire de Mâcon : «Les normes nous posent de gros problèmes. Cela devient une dépense obligatoire car notre propre responsabilité est engagée. Je voulais vous poser une question, car vous aviez dit durant votre campagne qu'il y avait trop de normes… Quand arriverez-vous à supprimer deux normes quand vous en imposerez une nouvelle ?»

11h31 : Fabien Genet, maire de Digoin : «Croyez en nous, en ces territoires ruraux. Faites pour notre industrie et notre agriculture ce que vous faites pour les start-up, et nous ferons avancer les territoires».

11h34 : Claudette Jaillet, maire de Pierre de Bresse, évoque les difficultés de recrutement de certains artisans et des PME en générale. Elle aborde aussi la question de l'eau : «Qui protège nos nappes phréatiques ?»

11h36 : Florence Plissonnier, maire de Saint-Rémy, intervient également.

11h36 : Bertrand Veau, maire de Tournus : «Nous sommes prisonniers des transferts de charges, des compensations d'attribution, etc. et avons à faire face à des pertes démographiques importantes. Dans nos secteurs protégés, les coûts d'entretien sont très élevés. Voyez-vous le déclin ? Quel avenir réservez-vous à ces petites villes centre ?»

11h39 : André Accary, président du département de Saône-et-Loire : «Faites confiance à vos élus locaux. Libérez les des chaines de la loi NOTRe. Un autre dossier : la RCEA. L'Etat finance, mais nous avons proposé un accompagnement financier à hauteur de 40%. C'est l'initiative des élus locaux. Ne considérez pas une vision identique des territoires pour les métropoles et les territoires ruraux. Enfin, en matière d'agriculture : 10 millions d'euros sortent du département pour aider les agriculteurs qui nous demandent de l'aide. Mon mot se veut assez positif : soyez ouvert, laissez l'initiative aux élus ruraux qui ont le diagnostique des territoires, travaillons la main dans la main, dans l'écoute».

11h43 : David Marti, maire du Creusot : «Je pense qu'une partie des réponses passe par le service public. 1er axe : les services déconcentrés de l'Etat. L'Etat doit être au plus proche des citoyens. L'éloignement des services de l'Etat crée une incompréhension, voire une défiance. Ça n'a pas commencé avec vous. Je prends l'exemple du regroupement des tribunaux. Sur Le Creusot, j'ai eu des signaux rassurants, mais je suis méfiant car j'en avais eu d'autres auparavant. Ce sont des décisions qui impactent directement le pouvoir d'achat, en imposant des kilomètres aux citoyens. 2e axe : on nous a demandé plusieurs milliards d'économies depuis plusieurs années. Nous les avons faites de façon rigoureuse. Nous avons supprimé de manière drastique des effectifs. Mais nous arrivons à une situation qui n'est plus tenable. Nous sommes obligés de dégrader le service public, à contre-coeur. Ça génère aussi de la colère. Le service public doit être conforté. 3e axe : la réponse de l'Etat ne peut être simplement faite par des primes ou par le régime indemnitaire. Je pense au gel du point d'indice. Il nous faut des moyens. Quand on est dans la grande difficulté comme on l'est dans notre pays, il faut revenir aux fondamentaux. Et assurément, le service public en est un.»

11h49 : Pierre Berthier, le maire de Charolles, s'inquiète des compensations dans le cadre de la réforme fiscale.

11h58 : Hervé Mazurek, maire de Blanzy : «Nous avons la chance d'avoir la Communauté Urbaine Creusot-Montceau qui participe au développement. mais elle nécessite un travail à temps plein. On frôle parfois la schizophrénie quand on est maire et élu communautaire…»

12h04 : Dominique Lotte, le maire de Gueugnon : «La promesse républicaine doit faire sens car il n'est pas concevable pour des parents et grands-parents que leurs enfants vivent moins bien qu'eux.»

12h07 : Marie-Claude Barnay, maire de la Grande-Verrière et présidente de la communauté de communes du Grand Autunois-Morvan : «Autorisez nous à expérimenter des mesures simplifiées pour créer du développement et de l'emploi».

12h10 : Les réponse d'Emmanuel Macron :


«On voit bien que la loi NOTRe n'est pas passée. Je suis prudent : les regroupements sont une bonne chose car avant, on n'arrivait pas à se doter de certains équipements par exemple. Il y a certes eu une phase d'accélération trop brutale, des intercos trop grandes, et des regroupements forcés.
On a aussi un problème de légitimité : beaucoup de choses décidées par l'intercos sont subies par les maires, élus au suffrage universel direct, et qui oit par exemple répondre de questions de fiscalité décidées par l'interco. Je pense qu'il faut reprendre la chose, mais ne pas tout détricoter. Il faut corriger certaines choses et clarifier des éléments de responsabilité. Celui qui a la légitimité doit en répondre. Cette matière là, il va falloir qu'on la travaille. C'est un sujet qu'on doit ouvrir.
Mais je veux aussi défendre le gouvernement : ce que vous reprochez sont deux choses décidées avant 2017 : la loi NOTRe et les baisses de dotation. Depuis, la DGF n'a pas baissé en global. Pourquoi y'a-t-il eu des gagnants et des perdants ? C'est la règle de la DGF, qu'on n'a pas bougée… Je dis qu'on devrait caler la DGF jusqu'à la fin du mandat pour tous. Ceux qui gagnent des habitants auront la même, mais ceux qui en perdent arrêteront de me reprocher la baisse de dotation.»

Sur la compensation de la taxe d'habitation : «Pourquoi je l'ai fait ? Car c'est un impôt très injuste socialement et territorialement. Elle est payée par les gens qui travaillent et les retraités, mais tout le monde paye la même quels que soient ses revenus. C'était juste socialement de l'alléger et de la supprimer. Territorialement : les métropoles et grandes agglos ont réussi à la baisser car elles ont plus de contributions. la commune de taille moyenne a, elle, été obligée de la monter. C'est sur elle que la Taxe d'Habitation pèse. Par contre, sur les trois ans, on va l'exonérer à l'euro l'euro. On doit ensuite trouver un impôt de substitution : descendre le foncier au niveau communal n'est pas une mauvaise idée. On peut aussi prendre en compte une partie de la CSG. ce qu'on va enclencher, c'est un mécanisme de moderniation de la fiscalité locale. Mais on ne va pas recréer un impôt ou en augmenter un pour compenser la TH. C'est vraiment une suppression.»

Sur les incivilités : «au delà de la police de sécurité du quotidien, nous prendrons d'autres initiatives»

Sur la complexité des normes : «L'un des travaux les plus compliqués est de simplifier. On a déjà beaucoup simplifié depuis le début du quinquennat. Le 2 pour 1 (deux supprimées pour une créée) fait qu'on a divisé par dix le nombre de décrets pris. Ça a un effet désincitatif formidable. On supprimé 30.000 circulaires je crois. Sur l'Education Nationale seule, en 2016, on a eu une circulaire par jour. Il y a en ce moment un texte de loi qui fait son chemin sur la surtransposition. On détruit de la norme.»

Sur l'eau : «Je suis prêt à ce qu'on aille plus loin. Je crois qu'on s'est parfois fait des chicaillias pour pas grand chose autour de la loi Gemapi. On a monté les communes contre les intercommunalités. Mais le sens de l'histoire va vers un investissement plus large de la collectivité. On a un énorme défi sur l'eau dans notre pays car nous n'avons pas investi sur les réseau depuis des années. On a fabriqué des réseaux de qualité, mais ils sont devenus vétustes. Et puis on a le sujet de la gestion de la ressource. Ça va supposer un très grand investissement public. Ce que l'usager ne paye pas aujourd'hui, c'est le citoyen qui le paye au final. Il y a toujours quelqu'un qui paye. Il faudra regarder les vrais sujets d'investissement.»

Sur la carte d'identité : «Le numérique a enlevé un lien civique. mais il ne faut pas détricoter. C'était utile : on a réduit le nombre de fonctionnaires et utilité le levier du numérique pour être plus efficaces. Mais toute personne qui n'a pas accès au numérique doit avoir accès au service».

Sur l'agriculture : «Je crois beaucoup dans ce secteur économique. Je salue le travail de Stéphane Travert. On a eu le sujet du zonage. Mais on n'a pas tous les leviers. C'est quasiment une compétence contrainte par l'Europe. On va regarder ça. Mais le coeur de ce qu'on est en train de faire, c'est de faire en sorte que les agriculteurs parviennent à vivre du prix payé. On a tordu le système par le low-cost. On a assumé de remonter le seuil de revente à perte pour que les agriculteurs voient monter le prix payé. Les distributeurs ont toute la capacité à négocier. Ensuite, c'est la valorisation des AOP et AOC… c'est la différenciation. Sur le bio, il y a aussi une demande. C'est l'avenir, mais il y a une demande que nous ne pourvoyons pas. On a souvent eu peur des autres, de l'importation. mais aujourd'hui, 75% de la viande que vous consommez est importée. Cela passe par l'organisation des filières. Et votre région a véritablement sa place. Je crois dans la souveraineté alimentaires française et européenne. La France doit redevenir une grande puissance alimentaire. Or, ces dernières années, on a perdu du terrain.»

Sur les problèmes d'embauche de personnel : «On travaille sur la formation. On est le seul grand pays européen qui n'a pas vaincu le chômage de masse depuis 30 ans. Conséquence : quand on est durablement au chômage, on se déqualifie. Il faut un système d'indemnisation du chômage qui soit plus incitatif pour le retour à l'emploi. Mais on a créé des sytèmes qui font qu'on a parfois plus intérêt à faire de l'intermittence que de retrouver un emploi stable. Je crois aux droits et aux devoirs. Les gens qui sont dans cette situation n'en sont pas coupables, mais c'est ainsi. Il faut repousser le chômage. Enfin, la concurrence des emplois européens qui ne sont pas au même coût est un autre levier.»

Sur les petites villes : «La taxe d'habitation est un élément important. Mais tout dépend des dynamiques de territoires. Ce qui est sûr, c'est que l'activité s'est regroupée dans les centres, les grandes agglomérations, et que les périphéries ont beaucoup souffert. La métropolisation a construit du clivage territorial. Je pense qu'aidés par le numérique, on doit réussir à redéployer de la présence, y compris de la présence physique. On a besoin de réduire le nombre de fonctionnaires qui font de la norme et d'avoir plus de fonctionnaires qui font du service. Ils sont tous loyaux et font un travail exceptionnel, mais quand on fait de la norme, on n'est pas dans les mêmes dispositions que quand on est sur le terrain et qu'on arrange les problèmes, même si on est "à portée d'engueulade".»

«Je partage complètement la confiance qu'on doit avoir dans les territoires. On ne doit pas freiner un territoire qui a envie. Le pragmatisme, c'est pas mal. On doit permettre aux territoires de se différencier d'avantage. On doit accompagner les regroupements et l'innovation territoriale en ce qui concerne les médecins par exemple. On doit décloisonner le public et le privé car la logique est celle d'un bassin de vie. Sur ce sujet, un vrai investissement permettra de faire de vraies économies.»

«Il n'y a pas dans la réforme portée par la ministre de la justice de suppression de tribunaux de prévues. Ça n'est pas une carte avec des fermetures.»

Sur le point d'indice : «C'est la manière la plus lourde de répondre. Il restera, mais je crois à une forme de rémunération par le mérite. Est-ce qu'on est obligé d'avoir le même point et la même évolution dans toutes les fonctions publiques ? Il faut de la liberté managériale. Il faut surtout redonner du sens à la mission.»

Sur les retraites agricoles : «On sait qu'elles sont faibles. Il y a le cas de conjoints qui étaient des collaborateurs mais qui n'ont pas cotisé. C'est un vrai sujet. Et on a des gens qui, ayant travaillé et cotisé, se retrouvent sous le minimum vieillesse. Et il y a aussi la question de la dépendance : l'une des principales angoisses de nos anciens est là. J'ai mis du temps à le comprendre. Ils voient qu'ils ne pourront pas se payer leur retraite. Il faut le regarder avec beaucoup d'humilité. Soit on dit que c'est un risque et qu'il faut le laisser aux assurances du secteur privé. Soit on dit que c'st un nouveau risque, celui du grand âge, et il faut repenser la façon de le financer. Aujourd'hui, on vit 20 ans de plus qu'en 80 tout en partant à la retraite au même âge. La construction de cette nouvelle branche est fondamentale pour notre société.»

Sur le besoin de sens et de temps long : «Notre pays a besoin de retrouver un grand récit. On a des valeurs qui permettent de retisser une trame. On voit bien que nos concitoyens sont parfois plongés dans l'individualisme parce que la vie les y a plongés.»

Sur les autorisations environnementales : «On a aujourd'hui plusieurs guichets qui créent du délais et de la complexité. Il nous faut créer de la simplification.»

Le Président de la République quitte la sous-préfecture d'Autun, «très en retard», à 13h07.

Nicolas Richoffer
Photos Alain Bollery