mercredi 14 novembre 2018
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Rencontre avec le recordman du monde de temps passé dans l'espace.
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Guennadi Padalka : « J’ai fait plus de 14 000 fois le tour de la Terre »

22/10/2018 03:17Lu 2109 foisImprimer l’article
Rencontre avec le recordman du monde de temps passé dans l'espace.
Depuis le 20 octobre dernier et jusqu’au 6 novembre prochain, le Comité Culturel Franco-Russe organise une exposition sur l’épopée spatiale russe. Cette exposition sera officiellement inaugurée ce lundi soir, en présence de Guennadi Padalka, cosmonaute russe, qui possède la particularité d’avoir été l’homme ayant passé le plus de temps dans l’espace, d’abord dans la station Mir puis dans l’ISS. En cinq missions, le cosmonaute a passé 878 jours en orbite. Et c’est en toute humilité qu'il a répondu à nos questions.

Autun Infos : Quel est votre parcours ? Comment être-vous devenu cosmonaute ?
Guennadi Padalka : Je suis né au moment où la conquête spatiale a commencé. Le vol de Gagarine a eu lieu 3 ans après ma naissance. J’étais petit garçon quand Léonov a effectué sa première sortie dans l’espace. Puis nos amis américains ont envoyé le premier homme sur la lune. A cette époque, tous les petits garçons étaient obsédés par l’espace. En grandissant, j’ai oublié cette obsession et je suis devenu pilote dans l’armée soviétique. Le destin m’a fait rencontrer Léonov qui m’a fait se diriger dans cette voie. C’est la chance, la coïncidence qui a fait de moi un cosmonaute. Rien de très extraordinaire.

Quand avez-vous effectué votre premier voyage dans l’espace ?
C’était en 1998. Je suis resté pendant 200 jours dans la Station Mir. Au bout de ce séjour, j’ai été remplacé à bord par le Français Jean-Pierre Haigneré. Puis je suis retournée dans l’espace à bord de la Station Spatiale Internationale en 2004, en 2009, en 2012 et en 2015.

Pensiez-vous au début de votre carrière que vous alliez passé 878 jours dans l’espace ?
Non, bien évidemment. On ne peut pas planifier ce genre de choses, sinon on on n’y arrive pas. Le choix d’un cosmonaute pour une mission spatiale dépend d’un ensemble de paramètres : du programme, des personnes disponibles. Après, c’est le cosmonaute qui décidé d’y aller ou pas.

En combien de temps se prépare un vol ?
Pour un premier vol, la préparation dure entre 5 et 7 ans, puis pour le vol suivant cela dure entre 3 et 5 ans. Quand on revient sur Terre, la station continue de voler et le prochain programme est entrain de se préparer. C’est en réalité des études non-stop car il faut sans cesse s’adapter aux technologies russes, mais également des autres pays. La Station Spatiale Internationale est un programme partagé par plusieurs pays. Nous avons donc des stages en Russie, en Allemagne, au Japon ou encore au Canada. Le Canada est un pays très actif. C’est notamment lui qui a fournit le bras manipulateur de l’ISS. Pour tout cela, il faut du temps.

Vous avez voler dans la Station Mir et dans l’ISS. La différence est-elle importante ?
C’est le jour et la nuit. La Station Mir était une programme soviétique. L’ISS est un programme international basé sur le partage, le partenariat, le travail en commun. La Station Mir, ce n’était qu’un module. L’ISS en comporte 13.

En 878 jours en orbite, combien de fois avez-vous fait le tour de la Terre ?
Sachant qu’en 24 heures, la station fait 16 fois le tour de la Terre, j’en ai donc fait 14 048. A titre de comparaison, cela 2,5 fois le voyage entre la Terre et Mars.

En 878 jours dans l’espace, quel est votre meilleur souvenir ?
Le partenariat, l’échange international. Chaque personne est différente et il y a beaucoup de personnes qui m’ont appris. C’est par l’échange que l’on avance. Un astronaute américain a dit que nous étions des « délégués de notre planète terre ». Le reste, ce sont des détails.

Reverra-t-on un jour un homme sur la lune ?
Bien sûr. Ce sera pour tout bientôt en tout cas avant 2030. Par contre, ce ne sera pas un projet d’Etat, mais un projet international voire un projet commercial comme ce que propose Elon Musk.

Ira-t-on un jour sur Mars ?
Oui après 2030. Il y a plusieurs possibilités pour y aller, tout une qui consiste à installer une base sur la lune qui pourrait servir d’escale. Aujourd’hui, nos amis amércains ont des fusées qui sont prêtes. Les lanceurs ont été développés. D’ici 2-3 ans, on pourra effectuer les essais. Après, il faudra attendre le bon positionnement de la Lune, la terre et Mars pour y aller.

Avez-vous l’impression d’avoir été un privilégié ?
Non, je ne suis pas un privilégié. Ni les autres d’ailleurs. Tout ce que l’on a acquis, c’est lié à notre implication. On a mis notre vie, notre santé, parfois notre famille en danger pour faire ce métier.
Propos recueillis par
Bastien MIGAULT avec la traduction de Yana  KHO