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AUXY : Les médecins opèrent à même le sol pour sauver un homme d’un infarctus

16/09/2018 13:16Lu 87697 foisImprimer l’article
ACTUALISE : Le sexagénaire est décédé
Les prochaines heures diront si les décisions prises par les médecins urgentistes ont été les bonnes. Mais on ne pourra pas dire qu’ils n’ont rien tenté pour sauver leur patient.
Ce mardi après-midi, il est environ 15 heures lorsque les pompiers d’Autun sont appelés à Auxy pour un homme victime d’un infarctus à son domicile. Très rapidement, l’équipage du VSAV autunois est rejoint par les urgentistes du SMUR d’Autun. Devant la gravité et l’importance de l’infarctus, la décision est prise de faire appel à l’hélicoptère du SAMU 71, qui se pose à quelques dizaines de mètres de la mairie de la commune. Arrivé sur la zone d’atterrissage, l’homme, âgé de 68 ans, multiplie les arrêts cardiaques. A chaque fois, le coeur parvient à repartir mais la victime reste néanmoins intransportable.

Une technique rarissime en urgence médicale en Bourgogne


Aussi, en accord avec le C.H.U de Dijon, les médecins urgentistes décident de mettre en place une circulation extracorporelle. Ce dispositif détourne la circulation sanguine grâce à une machine assurant à la fois le rôle de pompe cardiaque et d’oxygénateur pulmonaire. Si la technique est fréquemment utilisée dans les blocs opératoires de cardiologie, elle reste rarissime dans le domaine de l’urgence médicale en Bourgogne. « En huit ans d’urgence, c’est la deuxième fois que j’en voie une. La première fois, c’était dans une salle de déchocage aux Urgences », assure un infirmier présent sur place. Pour l’un des pilotes d’hélicoptère, c’est peut-être même la première fois que la technique est utilisée hors d’un hôpital dans la région.
L’hélicoptère du SAMU 71 ne disposant pas du matériel nécessaire pour effectuer cette opération, l’hélicoptère du SAMU 21 est appelé en renfort avec à son bord un chirurgien cardiologue tandis qu’un anesthésiste est dépêché depuis le Centre Hospitalier d’Autun.

Des branches de haie pour suspendre le perfusion


Toutefois, pour mettre en place cette circulation extracorporelle, le cardiologue a besoin d’opérer la victime. Ne pouvant la transporter nul part, c’est à même le sol, en plein air, à l’abri d’une haie, que le médecin va officier, éclairé d’abord par la lumière du jour puis par un groupe électrogène apporté par les pompiers d’Autun et quelques lampes torches. « C’est presque de la médecine de guerre », confie un des secouristes présents sur les lieux, montrant les poches de perfusion suspendues aux branches de la haie.
Pendant près d’une heure, le médecin va travailler, avec dextérité, dans ces conditions précaires, exposés aux vents, loin des salles aseptisés des hôpitaux pour offrir à la victime un coeur de substitution et ainsi lui permettre de s’en sortir sans trop de séquelles… à condition de « réparer » et de refaire fonctionner son vrai coeur.


Escorté par les motards de la Gendarmerie


Autour du chirurgien, pompiers, ambulanciers, infirmiers, pilotes d’hélicoptères, gendarmes, élus de la commune d’Auxy, chacun joue son rôle. Mais tous, incrédules, sont convaincus de vivre un moment particulier et exceptionnel. Et le médecin de forcer l’admiration de tous.
Une fois l’opération terminée et la victime appareillée, c’est par la route, à bord d’une ambulance de la société Brague d’Autun, qu’elle a été évacuée vers le C.H.U de Dijon. Une évacuation sous escorte des motards de la BMO. Un escorte, elle aussi rarissime. « La dernière fois que j’en ai fait une, c’était il y a 10 ou 12 ans », se souvient Mickaël Douriaut, commandant le BMO du Creusot.
ACTUALISE : Ce n'est pas forcément l'issue à laquelle tout le monde s'attendait. En réalisant cette opération inédite en Bourgogne, les médecins avaient suscité un immense espoir de survie pour le sexagénaire alcien. Finalement, l'homme est décédé ce samedi. Si pour un médecin le décès d'un patient est toujours un échec, la prise en charge exemplaire dont a fait preuve la victime reste à souligner et reste et restera une grande première dans la médecine d'urgence en Bourgogne. Cela restera également une preuve aux yeux du grand public que notre système de santé et de distribution des soins, qu'importe l'endroit où l'on habite, reste un système humain et à la pointe de la technologie.
Bastien MIGAULT