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AUTUN : Il avait besoin d'argent pour son permis de conduire alors il a braqué le buraliste

09/10/2018 20:32Lu 3252 foisImprimer l’article
Dix huit ans, ça fait pas vieux pour une agression passible des Assises...
Ali écope de 18 mois de prison ferme. Le buraliste, lui, reste traumatisé...
« Vous vous rendez compte que les faits qui vous sont reprochés relèvent aussi de la cour d’Assises ? – Oui. – Vous avez quel âge ? – 18 ans. » Pas de casier, tout juste majeur, il vit à Autun depuis 1 an, mais vendredi dernier il a masqué son visage, armé son bras d’une matraque télescopique et attaqué un buraliste qui venait déposer sa recette du jour dans le sas d’une banque, vers 20 heures. Frappé au visage, à la tête, partout sur le corps, l’homme en a eu des douleurs et des vertiges à en perdre connaissance. 11 agrafes posées sur son crâne racontent mieux que quiconque la sauvagerie des coups.
Le parquet oriente cette affaire en comparution immédiate : l’auteur fut maîtrisé sur place, il reconnaît les faits, sa culpabilité ne fait pas de doute. Placé en garde à vue le soir même, le jeune garçon est parti en détention provisoire le 7 octobre. La victime est là, accompagnée, et c’est heureux, par Laurent Maquart, de Montceau-les-Mines, président de la chambre syndicale des buralistes de Saône-et-Loire. C’est heureux, parce que 3 jours seulement après cette si violente agression, le buraliste d’Autun est encore choqué, et épuisé.

Il avait « besoin d’argent ». Casquette, capuche et écharpe. Une arme


Sur l’autre versant, des copains du prévenu ont pris place sur les bancs de la salle d’audience. Ils sont arrivés à l’heure, en début d’après-midi, et auront attendu, comme la victime, du reste (que le temps a dû lui paraître long, dans l’état où elle est encore), jusqu’à la nuit pour que l’escorte introduise Ali (prénom modifié) dans le box. Des copains, mais pas de famille, pas même son père chez qui il est venu vivre à Autun il y a 1 an. Bien sûr on se demande « pourquoi » ? Pourquoi son parent n’est-il pas là ? D’où sort cette agression si insupportable (à supposer que d’autres le soient… mais il y a des degrés sur cette échelle) ? Le garçon a dit qu’il n’en avait conçu le projet que le matin même, il avait « besoin d’argent ». Casquette, capuche et écharpe. Une arme. Le buraliste s’est accroché à sa pochette (2940 euros en liquide). Le gamin l’a étranglé (attesté par les marques sur le cou), l’a traîné au sol, continuait à le frapper par terre. Des billets de banque se sont échappés, ils baignaient dans le sang.

« Vous vous taisez, vous ! » hurle la vice-procureur.


La présidente l’interrompt : « Je vais faire la police d’audience »
La présidente Pertuisot l’interroge, ce jeune majeur, sur sa vie actuelle et sur les projets qu’il avait. Les réponses sont banales. Inscrit à Pôle emploi et à la Mission Locale, il est dans le dispositif Garantie jeune, mais n’en perçoit pas l’aide financière, parce qu’il s’était inscrit à Pôle emploi avant, voilà ce qu’il dit*. Son père a été entendu, et ce père absent à l’audience a dit que son fils avait eu quelques comportements délinquants en région parisienne. La vice-procureur, Aline Saenz-Cobo, se saisit de cette perche pour asséner quelques coups au prévenu, elle va le faire craquer. « On n’a pas de casier, mais on a Cassiopée(1), et Cassiopée nous apprend qu’il a tapé sur sa mère… » Le garçon proteste avec énergie : « Non ! A aucun moment je… », « Vous vous taisez, vous ! » hurle la vice-procureur, interrompue, elle, par la présidente : « Je vais faire la police d’audience. Monsieur, vous devez vous taire », dit-elle posément. « Monsieur » est à cet instant en train d’essuyer ses yeux et de ravaler ce qu’il éprouve.


« J’ai cru voir mes dernières minutes » a chuchoté la victime à la barre


L’épisode est violent. Vendredi soir, le buraliste se trouvait coincé dans un sas, avec l’angoisse que ça peut susciter de surcroît. « J’ai cru voir mes dernières minutes », est-il venu chuchoter à la barre. Ce lundi le jeune homme est dans un box, pas d’issue possible non plus. Il ne saurait voir ses dernières minutes, mais devant la provocation, qui va le blesser à un endroit au minimum affectif (sans connaître plus avant la nature exacte de ses relations avec sa mère), il se sait coincé à son tour, coincé sans pouvoir réagir ni bouger. « Son père déclare : il ne travaille pas, il dort le matin, poursuit la procureur. Ce n’est pas un jeune homme ambitieux et travailleur ! Son père ne connaît pas ses fréquentations, moi si. » Les copains sur les bancs ont pour certains des têtes connues en effet, des membres du parquet et peut-être du tribunal.


Les faits sont gravissimes mais le contexte qui a conduit à l’agression reste inconnu


« Se payer le permis de conduire avec l’argent de la recette, y a que le prévenu qui y croit, ajoute la procureur. » Pour elle, c’est la drogue qui est en cause. On n’en saura rien, car le dossier n’apporte rien, et l’audience nocturne non plus. Maître Diry développe cette difficulté : « On fait le choix de la procédure rapide, on correctionnalise, et le résultat ? Il a 18 ans et pas de casier. Ne pouvait-on pas proposer à l’auteur le temps d’une expertise, quand l’enquête sociale tient sur une demie page ? Quand on manque d’éléments ? Le parquet sort Cassiopée et en tire des hypothèses, sans rien d’objectif qui vient de la procédure, c’est aberrant. » Le parquet avait requis 4 ans de prison dont 10 mois assortis d’un SME(2) de 3 ans. « Les faits sont gravissimes, plaide l’avocat tourné vers les juges, mais il vous manque les éléments habituels de compréhension, le dossier ne les contient pas. Tant de prison à 18 ans tout juste : quelle préparation à l’insertion, alors que le contexte qui a conduit à l’agression reste obscur ? »

18 mois de prison ferme, puis 3 ans encore sous main de justice


Le tribunal condamne Ali X à 3 ans de prison dont 18 mois assortis d’un SME de 3 ans, avec obligation de travailler, d’engager des soins (psychologiques, on suppose), d’indemniser les victimes. Il aura interdiction de paraître à Autun à sa sortie de prison.
Ses copains ont été choqués de constater les traces de l’agression sur la victime, et se demandent eux aussi ce qui lui a pris. « Voler, oui, mais taper comme ça… » Ali a présenté des excuses (le mot paraît toujours faible, inapproprié, dans ces cas extrêmes) : « Je m’excuse de vous avoir fait ça », il regardait la victime en le disant, et il a soufflé en tournant sa tête de côté : « C’est pas moi, ça. »
Ce qui n’a hélas pas pu avoir lieu à l’audience de comparution immédiate peut survenir en prison, il suffirait d’une rencontre de confiance, avec un CPIP(3), par exemple, pour qu’il sache et ne recommence jamais.
Florence Saint-Arroman

Le couple de buraliste est reçu dans sa demande de constitution de partie civile, ordonne le renvoi sur intérêt civil. Maître Bourg défend leurs intérêts, « cela fait deux jours qu’il ne dort plus », disait-elle de son client, « il est traumatisé ». Il y a de quoi.

* Jointe par téléphone, la Mission locale d’Autun précise ceci : un jeune dûment inscrit à la Mission locale bénéficie de l’indemnité « Garantie jeune » si toutefois il en respecte les obligations (faire des démarches de recherche d’emploi, de stages ou de formation) et s’il n’est pas déjà indemnisé par Pôle emploi.
(1) https://www.cnil.fr/fr/cassiopee-chaine-applicati...
(2) Sursis mis à l’épreuve : période pendant laquelle le condamné doit respecter des obligations et des interdictions. Les mois de sursis peuvent être révoqués en tout ou partie si jamais il ne le fait pas, ou s’il commet de nouvelles infractions.
(3) CPIP : conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation