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AUTUN : Il avait fracassé la vitrine d'un magasin d'équipements culinaires pour des clopes et des vêtements

15/05/2018 00:41Lu 4052 foisImprimer l’article
« ...si papa va lui faire intégrer l’entreprise où il travaille, mais moi, s’il recommence, je le ferai entrer au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand. A bon entendeur, salut »
Au final prison avec sursis, travaux d'intérêts généraux et dommages et intérêts pour le jeune Autunois, qui a d'autres rendez-vous avec la justice...

Nour est né en 1999 à Autun, et il y vit toujours, chez sa mère. « Sinon, vous faites quoi dans la vie ? lui demande la présidente Aussavy.

– Ben, rien de spécial. Je suis à la garantie jeunes. » Il est « à la garantie jeunes », cela signifie qu’il a, dès ses 18 ans, intégré un dispositif d’aide à l’insertion pour les jeunes majeurs, piloté par la mission locale, et qu’il perçoit 500 euros par mois pour soutenir ses efforts. Sinon, Nour vole, et c’est pourquoi il comparaît au TGI de Chalon ce lundi 14 mai. Le 28 avril dernier il a cassé avec une pierre la vitrine d’un marchand d’équipements pour les cuisines, a piqué un robot mixer de prix (environ 650 euros). (Cliquez pour lire notre article) Pourquoi ?
« Parce qu’il était en face de moi. » Sorti de ça, on ne saura pas « pourquoi ». Nour dit avoir revendu l’appareil « au quartier du Stade, à Chalon », pour son prix de vente en magasin. Bizarre. Tout le monde trouve ça bizarre, les juges comme le ministère public, qui au passage conseille au jeune homme de ne pas les prendre pour des bleus. Il avait besoin d’argent, dit-il. Pourquoi ? Pour s’acheter des cigarettes et des vêtements. Bizarre. D’autant plus difficile à croire qu’en réalité, Nour fut placé en garde à vue pour d’autres vols, et que c’est à la perquisition que les gendarmes trouvent chez lui sacoche et chaussures qui correspondent à la silhouette établie lors du vol du mixer (il y avait une caméra en face du magasin). Le mode opératoire est de surcroît le même. Le prévenu reconnaît les faits.
Mode opératoire couteux : une vitrine cassée c’est quelques milliers d’euros. Ça fait subitement cher pour un mixer, fut-il de luxe. A 18 ans, le casier de Nour est vierge, mais ses vols à la roulotte, et dans des magasins, annoncent des procédures, d’ailleurs il est convoqué bientôt, en CRPC (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité). Ça démarrait lentement, comme un feu, et subitement ça s’est embrasé : comparution immédiate avant la CRPC. « Vous avez un casier néant, et subitement, plusieurs vols. Que se passe-t-il ? – C’est sur des coups de tête. – Pourquoi ? Vous risquez gros à force, monsieur. » Le garçon soutient que bientôt il travaillera car son père va l’aider à entrer là où il bosse.
Le parquet, par la voix d’Aline Saenz-Cobo, vice-procureur, signifie clairement au jeune majeur qu’il n’est pas crédible, et que, s’il ne dit pas clairement pourquoi il s’est mis à voler, les magistrats en voient suffisamment pour appréhender sa trajectoire : « La garde à vue est souvent suffisante pour marquer un coup d’arrêt, mais pas dans son cas. Sa condamnation doit servir d’électrochoc, car je ne sais pas si papa va lui faire intégrer l’entreprise où il travaille, mais moi, s’il recommence, je le ferai entrer au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand. A bon entendeur, salut. »
Son avocate va tempérer les choses : « Le choix de la comparution immédiate fait office d’électrochoc. » Maître Leray Saint-Arroman confirme toutefois qu’a priori son client n’a pas besoin d’argent. Il vit chez sa mère et en plus perçoit le pécule mensuel de la garantie jeunes. Son casier est vierge, certes, mais « il doit comprendre pourquoi quand on commet des faits délictuels, on a une dette envers la société ». En ce sens, l’avocate propose aux juges d’orienter la sanction du côté du travail d’intérêt général.
Le tribunal condamne ce jeune voleur aux motifs évasifs et vaseux à 5 mois de prison avec sursis assortis de l’obligation d’un travail d’intérêt général de 140 heures à accomplir dans un délai de 18 mois. La ville d’Autun est alors concernée* par le devenir de son citoyen à peine majeur qui semble s’être engouffrée dans une mauvaise voie. Il devra indemniser la société victime à hauteur de 5398, 88 euros, et puis « être à l’heure, être courtois, car on vérifie que l’exécution du TIG se passe bien », conclut la présidente.
FSA

*Les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP) qui assurent l’exécution des peines dites « en milieu ouvert » ne peuvent pas assurer leur mission sans l’aide des partenaires, comme on dit, et pour les travaux d’intérêt général, il faut la coopération des municipalités, sinon l’exécution de la peine échoue, et cet échec n’est pas imputable au condamné.