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AUTUN : Il voulait « saigner »son voisin avec un poignard avec une lame de 18 centimètres

08/10/2019 16:23Lu 3020 foisImprimer l’article
De l’extérieur on dirait qu’il n’y en n’a pas un pour rattraper l’autre, ce conflit de voisinage sur Autun n’était pas nouveau. Mais ce lundi 7 octobre, les rôles étaient répartis, car S., 26 ans, était dans le box, et l’autre, bien que victime, n’avais pas jugé bon ou nécessaire de se pointer au TGI de Chalon, pour l’audience de comparution immédiate.


Un avocat en dernière minute


La salle d’audience a connu un peu d’émoi car le prévenu, extrait du centre pénitentiaire, n’avait pas d’avocat, or cette procédure exige d’être assisté. Le procureur a appelé le bâtonnier et maître Marceau a déboulé presque en courant, sa robe sur le bras : jamais défense ne fut plus rapide. Même si c’est le principe de ce type de jugement que les avocats n’aient pas de temps, on est ici au comble du procédé. Il était plus de 19 heures, déjà. « Maître Marceau, est-ce que vous êtes prêt ? demande la présidente Pascale Dorion. – Il le faut bien », répond sobrement l’avocat. »

Conflit de voisinage, contexte inflammable




S. a été placé en détention provisoire le 13 septembre dernier, parce que dans la nuit, les gendarmes avaient dû intervenir dans sa rue pour tapage nocturne. La musique, à fond les ballons. On lui demande d’arrêter, et il dit en substance ok, mais c’est le voisin qui m’enquiquine presque chaque jour avec sa musique. Contexte inflammable, la suite le confirme car les gendarmes doivent revenir : S. sent toujours l’alcool et est encore plus excité, il a un couteau à la main « de type poignard, avec une lame de 18 cm » et il crie, « je vais le saigner », « je vais le monter en l’air, qu’il sorte, je le plante ».

« C’est dans ce genre de circonstances qu’il peut arriver des malheurs »


`Du box il insiste « une voisine avait appelé les gendarmes, une fois, parce que ce monsieur met toujours la musique trop fort ». Les menaces de mort ? « Les paroles, c’était de la provocation. » La présidente : « C’est dans ce genre de circonstances qu’il peut arriver des malheurs. » Le prévenu en convient mais explique qu’il y a déjà eu des altercations entre eux, il décrit des attaques de ce voisin contre ses affaires à lui. « Toute votre vie, vous croiserez des gens qui vont vous énerver, vous provoquer, vous embêter, et si vous ne pouvez pas vous maîtriser, vous aurez des problèmes toute votre vie. »


Il boit pour se « vider la tête »


Il avait bu. « SI vous êtes violent quand vous buvez, pourquoi vous buvez ? – Pour me vider la tête. J’étais pas spécialement bien. » Résumons : il boit pour se vider la tête, et une fois qu’elle est vide, il s’énerve jusqu’à saisir un poignard et crier « je vais le saigner ». C’est pas une opération bien rentable. « Il faut vous poser les bonnes questions, si vous voulez en sortir » insiste une juge assesseur. Le jeune prévenu a 7 mentions à son casier, dont 3 condamnations pour des violences. Il était sous main de justice : sursis mis à l’épreuve en cours, il est en état de récidive légale, ce qui double d’emblée la peine encourue.


15 mois requis


Sa copine (on le suppose, mais ça pourrait être sa sœur) est effondrée et le mot est faible, elle semble au bord de l’explosion. Le prévenu est calme, elle est en pleine tragédie, et ça ne s’arrange pas lors des réquisitions. « Des violences en récidive, c’est un constat d’échec » explique Marie-Lucie Hooker, substitut du procureur, qui rappelle les voies légales de recours quand on a la malchance d’avoir un voisin qui se fiche des règles de vie en commun. Elle requiert 8 mois de prison dont 4 serait assortis d’un SME, et demande la révocation totale du sursis antérieur de 7 mois : ça ferait 15 mois en tout, avec maintien en détention.

Il a besoin « d’un cadre beaucoup plus contenant »


« Au risque d’être désagréable avec les juges d’application des peines, je dis que le SME (sursis mis à l’épreuve) n’est qu’une mesure de pointage renforcé pour un jeune adulte comme lui, qui est à la recherche d’un cadre et qui a besoin d’un cadre beaucoup plus contenant. Socialement il est très peu inséré, il n’a pas de qualifications et une consommation d’alcool à tendance morbide sur un fond dépressif. Il dit qu’il n’est pas dépressif, mais il boit pour se vider la tête. Il faut réfléchir aux outils dont vous disposez car si son suivi s’était mal passé, le juge d’application des peines serait intervenu, ce n’est pas le cas. » Le prévenu, tête baissée, écoute cet avocat embarqué en dernière minute parler de lui et plaider pour une contrainte pénale, une peine exécutée en milieu ouvert, une peine plus éducative sans doute en raison des moyens supplémentaires qui y sont mis.

4 mois ferme et 3 ans de suivi renforcé


Mais partout les moyens manquent, cette peine est rarement prononcée. « Il faut tout essayer, insiste maître Marceau. Sinon, les 15 mois de prison, et quoi après ? Il aura 27 ans, et quoi ? »
Le tribunal déclare S. coupable de ce qu’on lui reproche et le condamne à 8 mois de prison dont 4 mois sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 3 ans. Obligations de soins (addicto et psycho), de travailler, « et de respecter le suivi de l’AEM ». Pas de révocation de sursis.
Florence Saint-Arroman