dimanche 22 septembre 2019

À l’occasion de ses 10 ans, « l’Atelier de la Cuisine » vous fait profiter d’offres exclusives
Jouez et tentez de gagner 1 « robot companion » xl de Moulinex

Questions à...
Sécheresse, Zones de montagnes, Retraites, Taxe d’habitation, Zones de Montagne jusqu'au Creusot, Municipales au Creusot, Gérard Larcher… Le Député de Saône-et-Loire a abordé de nombreuses questions.
Le Docteur Jean-Philibert Combier explique, dans une interview, le formidable bond en-avant, qu'offre cette technologie d'avenir.
> Faits Divers > Tribunal

AUTUN : Retour à la case tribunal pour le compagnon violent

13/09/2019 03:17Lu 3040 foisImprimer l’article
Une semaine après une première condamnation, le compagnon a récidivé. Nouvelle condamnation... Et cette fois-ci, il n'a plus le droit d'approcher sa compagne
Il a quitté le TGI de Chalon sur Saône jeudi dernier condamné pour des violences sur conjoint à une mise à l’épreuve de 2 ans, avec des obligations et l’interdiction de paraître au domicile de sa compagne. Il est dans le box, ce jeudi 12 septembre, escorté par les gendarmes de la compagnie d’Autun. Il avait remis le couvert, sans enfreindre l’interdiction d’aller chez elle : c’est elle qui était en réalité venue s’installer chez lui, pendant son contrôle judiciaire.
Et voilà. Le problème quand on est deux, c’est qu’on est… deux. Deux personnes, deux histoires qui essaient d’en faire une, deux baquets de problèmes éventuellement. Du coup, s’il était calé, jeudi dernier, sur son histoire à lui, c’était sans compter leur histoire à eux, et son histoire à elle... On peut lire le récit de cette audience http://www.autun-infos.com/news/faits-divers/trib... , pour comprendre que le prévenu avait bénéficié d’un dispositif particulier d’accompagnement individualisé renforcé (AIR), mis en place par le parquet du TGI de Chalon pour travailler à la prévention de la récidive quand les profils semblent s’y prêter. L’AIR rallonge la durée du contrôle judiciaire car le but est que les gens évoluent, il faut se donner un peu de temps.


Quasi 20 ans d’alcoolisme : ça fait une couche épaisse


La semaine dernière la présidente Caporali avait fait part de ses doutes alors que le prévenu faisait part assez spontanément de son positionnement auquel les quelques mois de suivi renforcé ne changeaient rien, au fond. Pour lui personnellement, cependant, cela changeait beaucoup : on s’occupait de lui, on le contraignait mais pour qu’il aille mieux, globalement. Quasi 20 ans d’un alcoolisme suffisamment puissant pour causer déjà deux pancréatites : ça fait une couche épaisse, tout de même. Il faut beaucoup de temps pour en changer la donne. Bref, ce suivi est certainement une chance pour lui mais pendant qu’il ça suivait son cours, madame avait installé une partie de sa garde-robe chez lui. Cette femme va bien mal elle aussi. Elle boit, elle prend du Valium, du Tramadol, du Xanax.

Elle l’aime « trop »


Dimanche 8 septembre au soir, un voisin appelle les gendarmes : suspicion de violences. C’est monsieur qui ouvre aux gendarmes et les invite à rentrer. Le mélange alcool/médocs empêche madame de tenir sur ses jambes. Y a-t-il eu des violences ? Les deux disent que oui : dispute, gifle, coup de poing. Comment se fait-il que madame soit chez lui, vu le jugement si récent ? Elle dit (en audition, elle n’est pas venue aux audiences) : « C’est de ma faute tout ça. Je l’aime trop, il a fait beaucoup d’efforts et je l’entraîne au fond. » Sur ce point, le parquet parle d’emprise et c’est possible, mais monsieur, lui, parle d’argent, il l’avait déjà dit la semaine dernière : il payait beaucoup de choses pour elle, « et si y avait pas l’alcool, ça n’allait pas, et si y avait pas le tabac, ça n’allait pas ». On veut dire par là que si cette femme a du mal à faire face aux nécessités de la vie matérielle, elle peut alors s’accrocher à un gars qui pourvoit.

« C’est un peu malsain, une relation comme ça »


Tout est si compliqué. Elle s’était séparé du père de ses enfants parce qu’il la maltraitait. Celui-ci la maltraite aussi, la justice intervient, cherche à la protéger, elle y retourne. Du box, il dit : « C’est un peu malsain, une relation comme ça. Le matin tout va bien, et puis le soir ça part en dispute et en violences. – Et vous ne dites pas qu’elle est venue vivre chez vous, pendant votre suivi ? – Ben, ça m’avait surpris de la revoir, et puis quelque part je savais qu’on n’avait pas le droit. » « Quelque part », dit bien la brume, la confusion, le niveau de conscience si bas que, ma foi, c’est énorme mais ça passe. « C’est de la poudre aux yeux, ce joli rapport de l’AEM qui nous dit que tout va bien ? – Non, non, c’est des mois de travail pour m’en sortir. Je donnerais tout pour revenir en arrière et changer les choses. C’est dur, d’en arriver là. »


Mettre un terme à cette relation


La présidente Catala passe un peu au gant de crin ce prévenu si opaque. Elle revient, elle insiste, elle insiste beaucoup. « Est-ce que les soins ne passeraient pas par une cure ? – Ben là j’ai un CDD, et d’avoir du boulot, de me lever le matin pour y aller, ça me motive moralement. » Il est sincère, c’est certain. Le problème c’est ce qu’il faisait dimanche quand la gendarmerie est intervenue. Il est si sincère qu’il ne travaille pas ses réponses, la preuve : « Est-ce que vous êtes prêt à mettre un terme à cette relation ? – Oui, parce que je payais pour deux. »

« Madame tient des propos qui caractérisent l’emprise »


Clémence Perreau, substitut du procureur, prend acte du renouvellement des faits, et tape dur sur le profil de la situation. On est loin de l’audience de la semaine dernière : « Madame tient des propos qui caractérisent l’emprise : il a transféré sa responsabilité sur elle, elle dit ‘c’est moi qui ai fauté’, alors que le coupable c’est lui. » Elle s’appuie sur un rapport d’examen médical circonstancié, elle reprend sans le savoir les doutes de la présidente Caporali et en fait des certitudes. Elle requiert 1 an de prison et un mandat de dépôt. Maître Bernard comprend bien que cette récidive agace tout le monde mais estime que le tribunal aurait dû prononcer une interdiction de contact la semaine dernière (elle eut été embarrassante vu que madame vivait chez monsieur à cette date-là, ndla). Elle plaide une peine aménagée.

Aménagement de peine à la barre


Le tribunal déclare le prévenu coupable, le condamne à 8 mois de prison et ordonne ab initio l’aménagement de sa peine sous la forme d’un bracelet électronique. Dores et déjà le tribunal lui interdit tout contact avec madame, le juge d’application des peines définira les autres modalités. « Monsieur, le moindre contact avec madame et le centre pénitentiaire vous accueillera à bras ouverts. »
Florence Saint-Arroman