dimanche 22 septembre 2019

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AUTUN : Violences, humiliation, soumission, avilissement… Il faisait vivre un vrai calvaire à sa campagne

21/05/2019 00:02Lu 8495 foisImprimer l’article
La gosse sombrait, à l’évidence. Déjà, ces bleus récurrents : la directrice et les collègues du fast-food d’Autun où elle travaillait les avait bien remarqués mais elle fuyait les questions. Quand elle a commencé à manifester une grande anxiété, puis carrément de la peur, ils se sont souciés d’elle. Heureusement parce qu’à force, dans quel état la petite en serait-elle sortie, de cette histoire ? A l’audience des comparutions immédiates de ce lundi 20 mai, elle s’est assise tout au fond de la salle. Elle est majeure, on dirait une enfant au regard pétrifié. Lui, il est à la barre, il fut placé sous contrôle judiciaire en février dernier et rien ne l’a préparé à l’issue de l’audience.

Ce soir-là sa détresse criait pour elle


« Violences habituelles », c’est la qualification. Les mots disent que c’était une habitude, ils ne disent rien en revanche du traitement qu’elle a dû subir et encaisser. Encaisser tant bien que mal parce qu’elle avait fini par perdre 10 kilos et quand un soir elle a dû rester un peu plus longtemps que prévu à la plonge, elle pleurait en serrant le pommeau qui délivre de l’eau chaude. Elle pleurait des larmes de peur. Ce 2 février 2019 au soir, elle l’a appelé pour le prévenir qu’elle aurait du retard. Les collègues de travail qui l’entouraient ont témoigné avoir entendu son chéri lui répondre qu’il l’attendait « avec un couteau » et qu’elle était « une salope qui couche avec tout le monde ». Ce soir-là sa détresse a crié pour elle. On l’a accompagnée aux urgences, puis elle a posé plainte.


« Des actes de soumission et d’avilissement »


Des coups de couteau dans les jambes, elle en a eu. Un jour il lui a même « ordonné de se suicider avec un couteau ». Cette gosse a vécu dans un tel climat de terreur qu’elle avait fini par marcher en baissant les yeux, à surveiller à qui elle parlait et quand. Il valait mieux qu’il ne soit pas dans les parages. Le second certificat médical, établi par un médecin légiste, fait deux pages. Outre les 30 ecchymoses d’âges différents relevés sur l’ensemble de son corps, visage compris, le médecin parle de « symptômes anxieux » et de « syndrome dépressif ». « Les violences physiques furent moins fréquentes que les violences psychologiques, précise la présidente Sordel-Lothe, mais des voisins ont témoigné aussi de ce qu’ils ont vu, et entendu. » Puis elle parle « d’actes de soumission et d’avilissement ».

« Moi je l’avais sortie de son bordel familial »


Le prévenu ne le voit pas ainsi. Ces deux-là ne sont pas d’Autun, ils s’étaient rencontrés en mars 2017 à Le Blanc-Mesnil. En septembre de la même année il s’installe à Autun. Pourquoi ? L’audience ne le dit pas mais on s’interroge car il ne travaillait pas. Pourquoi décider d’aller vivre à Autun ? Mystère. La petite le rejoint quelques mois plus tard. « Je l’hébergeais ». Il l’hébergeait, soit, mais elle taffait et pas lui. Elle l’a rejoint alors qu’il lui avait déjà fait vivre un étranglement. Elle n’avait pas pris ses jambes à son cou. A l’audience il lance, grand seigneur, « moi je l’avais sortie de son bordel familial ». Sur ce point il est crédible car il fallait bien qu’elle ait connu de la violence, déjà, pour aller se coller dans ses pattes à lui. A l’audience elle est seule.

Une scène terrible ? « C’était pour rigoler »


Dans la catégorie « avilissement », la présidente décrit aussi sobrement qu’il est possible de le faire, une scène : la gosse, nue, à quatre pattes, collier de chien autour du cou avec une laisse, devant une gamelle. Elle s’est dite contrainte, et ça, ben non, lui il dit que « c’était pour rigoler ». Il a balancé « une tranche de jambon dans une assiette en plastique » et en route pour se marrer, mais « c’était pas mon délire. C’était peut-être le sien. » Il a 35 ans, elle en a 22.  La jeune femme dit aux gendarmes qu’il voulait « que je le sodomise. Au début il prenait ma brosse à cheveux, puis il a acheté une culotte spéciale ». « Et c’est elle qui finançait tout » relève la présidente. « Je lui ai offert un sex-toy pour Noël, comme si c’était un truc de farces et attrapes, en lui disant ‘le prends pas mal, t’es pas obligée de t’en servir’. »

Les coups ? « Des petites tapes, pour qu’elle comprenne »


694 euros de RSA couple et le petit salaire de sa conjointe pour vivre, payer ses bières et son shit, et lui faire comme cadeau ce petit sex-toy si amusant, soit un gode ceinture. Le gars semble planer dans son monde mais il y a de la perversité dans sa position, et si le tribunal l’entend bien, la victime, elle, ne l’entend pas. Lors de la confrontation en février dernier, elle maintient toute ses déclarations mais 4 jours plus tard elle retire sa plainte. Ce 20 mai elle a posé sa petite mine figée dans le fond de la salle et elle persiste : elle voudrait reprendre la vie commune et cela le conforte, lui, à nier, à esquiver, à répondre au tribunal des trucs effarants avec pas mal d’assurance. Les coups ? « Il m’a tellement battue » a-t-elle dit. Mais non ! « Des petites tapes » tout au plus, pour qu’elle l’écoute quand il parle, et aussi pour qu’elle comprenne, parce que visiblement elle avait du mal à comprendre, et les coups, ça aide bien, parce que « des fois elle restait butée sur sa position qui n’était pas bonne ».

« La violence commence où pour vous, monsieur ? »


D’après lui, rien de tout ça n’était violent, même la fois où, alors qu’elle était aux toilettes, il l’a poussée si fort qu’elle fut projetée contre le réservoir en céramique et qu’il s’est brisé sous le choc. « La violence commence où pour vous, monsieur ? » Il proteste. « Oui, conclut la présidente, le WC était fragile, c’est ça ? Comme elle, qui ‘marque vite’. Votre définition de la violence pose problème. » Dans le fond de la salle, la victime reste sans regard. « L’humiliation, l’avilissement, ça vous parle ? » Le tribunal n’en peut mais avec cet homme accroché à une lecture vraiment tordue des faits et qui en récuse la majeure partie, couvert par sa victime. « Emprise », « dissociation », « 46 femmes déjà cette année sont mortes, heureusement qu’elle a fini par parler ». Aline Saenz-Cobo, vice-procureur, reprend le récit de la victime « corroboré par tous les témoignages, ceux des collègues de travail, ceux des voisins », elle reprend « le descriptif de sévices, de lésions et de coups » des certificats médicaux.

« Si j’ai pu faire du mal verbalement, je m’en excuse »


« Mademoiselle joue contre le dossier et contre elle-même. Il va falloir aller contre sa volonté et la protéger d’elle-même car elle n’est pas en capacité de le faire. » La vice-procureur requiert 2 ans de prison dont 1 an assorti d’un sursis mis à l’épreuve de 3 ans. Elle demande un mandat de dépôt – « les faits le justifient » - et une interdiction de contact avec la victime.
« Il a honte », « il n’a pas de casier » et « il a respecté l’interdiction de contact pendant son contrôle judiciaire » : voilà ce que maître Diry, « commis d’office en dernière minute », plaide pour une peine moins lourde. On entend renifler son client (quand il est à la barre on le voit de dos) dont le tee-shirt tremble parfois sous le coup d’une émotion qui le submerge enfin (quelle qu’en soit la nature). Les réquisitions au moins auront fait effet car pendant la longue instruction il était resté indéboulonnable. Les juges assesseurs étaient tous deux montés au créneau et la seule certitude qu’on en tirait c’est que la sanction allait être à l’image des faits : dure. Les derniers mots du prévenu furent catastrophiques : « Si j’ai pu faire du mal verbalement, je m’en excuse. »

Il est incarcéré à la barre


Pendant le délibéré le prévenu s’est assis au premier rang, congestionné par les larmes. Une escorte policière se place au fond de la salle. Le tribunal le déclare coupable et le condamne à 2 ans de prison dont 1 an assortis d’un sursis mis à l’épreuve avec obligations de soins (en addictologie pour l’alcool et les stupéfiants, et des soins psychologiques), interdiction de contact avec la victime. Le tribunal décerne mandat de dépôt. « Les faits sont extrêmement graves, vous partez en prison immédiatement. » Le type s’effondre en bramant. « Vous vous ressaisissez et vous vous comportez correctement » lui intime un des juges. Il se ressaisit : « Comment on fait appel ? »
La gosse a sorti un kleenex et éponge doucement quelques larmes. Le gars passe devant elle et lui lance un baiser du bout des lèvres puis met ses bras dans le dos : on va le menotter. Elle se lève alors et va l’enlacer. Elle loge avec douceur sa tête dans le creux de son épaule. Une épaule qu’on imaginerait douce et réconfortante si on n’avait pas passé plus de deux heures à vivre la violence du dossier et celle de cet homme qui décrivait « du chahut, des chamailleries ». « Madame écartez-vous ! » La jeune femme est à nouveau en détresse : seule et perdue.
Florence Saint-Arroman

Note : Le TGI de Chalon-sur-Saône couvre un ressort plutôt important mais reste une juridiction de taille humaine dirons-nous, faute de trouver un meilleur mot dans l’instant. Aussi, vu la difficulté en fin d’audience, deux magistrates sont venues dans le hall s’assurer que ça allait mais ça n’allait pas. L’une d’entre elles a appelé la jeune femme vers elle et a pris du temps avec elle, pendant que l’escorte emmenait son ex-compagnon (en principe) au centre pénitentiaire.