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EPINAC : Ce Géorgien appréciait les magasins Colruyt... pour y dérober des bouteilles de whisky

08/11/2019 03:15Lu 3132 foisImprimer l’article
V Si les comparutions immédiates sont l’antichambre d’une justice de classe*, la justice est parfois de classe internationale, même en province. Ce jeudi 7 novembre le tribunal a jugé selon cette procédure si rapide un géorgien. Il y a 3 jours, en début d’après-midi il se trouve au magasin Colruyt d’Epinac. Il avait dissimulé cinq bouteilles de whisky dans ses vêtements, mais, se voyant surveillé, il les repose une à une en divers endroits du commerce, puis sort. Les gendarmes l’ont alors cueilli.
Une interprète traduit pour lui et pour le tribunal. Son adresse ? « Il dit qu’il n’a pas d’adresse officielle mais qu’il loue une caravane à Villeneuve Saint-Georges. - Il avait indiqué à l’église orthodoxe à Villeneuve, s’étonne la présidente. – Il dit que sa caravane est à 500 mètres de l’église. »

Aucun document concernant sa situation administrative au dossier


Le prévenu a 47 ans, il est né à Martvili une petite ville de la région de Mingrélie-Haute Svanétie en Géorgie occidentale. Martvili est une bourgade où l’on vit encore essentiellement de l’agriculture. Il est en France depuis 2018, il avait déposé une demande d’asile en Belgique, avant. L’administration française l’a dubliné : sa demande ici a été retoquée et il devait retourner dans le pays de l’espace Schengen où il avait fait sa première demande, mais il est resté. Il est poursuivi pour tentative de vol et vols mais aussi pour s’être maintenu sur le territoire français : aucun document à la procédure ne l’atteste, il sera relaxé sur ce point.



La même enseigne, les mêmes produits, en différents endroits


Lors de la garde à vue, un gendarme le prend en photo et la diffuse dans toutes les brigades pour un éventuel rapprochement avec d’autres procédures. Bingo, la Côte d’Or répond positivement. Pendant que la présidente expose les faits, l’homme garde la tête baissée, il est tout rouge et tout plissé. Le 26 octobre il avait volé à Genlis, puis à Nuits Saint-Georges, deux magasins Colruyt, et des marchandises identiques : Whisky et rasoirs. « Il dit qu’il avait proposé de payer les bouteilles, à Epinac, intervient l’interprète, mais qu’ils ont refusé. » Pourquoi volait-il, demande la présidente. « Il dit que si vous lui donnez cinq minutes, il vous expliquera. » Et le géorgien explique, en géorgien, à quel point la vie peut devenir misérable et sans pitié quand on quitte les champs où on cueillait les feuilles de thé pour gagner l’Europe et s’y faire exploiter par ses compatriotes.

Exploité par des compatriotes, dit-il


Enfin… cela, c’est la synthèse de ses discours, car il cherche en même temps une porte de sortie et essaie un peu tout. Du coup il va se contredire ou au moins manquer de cohérence, la présidente ne  le lui renvoie, au point qu’il n’a plus d’autre recours, à la fin de l’audience, que de l’assurer que si elle le laisse libre, il mettra chaque jour un cierge pour elle. Il s’est mis à pleurer. Il a une femme et deux enfants, là-bas. Ici il a déjà un casier pour vols et au moins un jugement à venir, à Versailles où il fut déjà condamné 2 fois. Il raconte qu’il est venu en Bourgogne sous les menaces et dans la peur : il a versé dans les drogues dures, et voulait acheter son retour en jouant aux cartes avec d’autres géorgiens mais il a perdu, il a une dette et « on l’exploite comme un papier qu’on jette dans une poubelle ».

Un homme déboussolé et perdu


Christelle Diez, pour le ministère public, « entend bien » toutes les difficultés dont il fait état, « mais le parquet ne peut pas accepter que monsieur soit source d’un trouble à l’ordre public, or ce trouble, c’est tout le temps ». Elle requiert 2 mois de prison assortis d’un mandat de dépôt. Maître Serge Moundounga Tsigou découvre le dossier (c’est le propre de la comparution immédiate), et « un homme déboussolé et perdu ». « Je me repose sur la sagesse de votre tribunal. Il veut retrouver sa famille, je ne vois pas en quoi la prison pourrait… » Son client de dernière minute supplie les juges.

Prison


Le tribunal le relaxe donc pour le chef de maintien irrégulier sur le territoire français, mais le condamne pour les vols et la tentative de vol, à 2 mois de prison, ordonne son maintien en détention. Il devra verser 801 euros à la chaîne Colruyt en réparation de son préjudice. « Il demande comment il va faire pour payer 800 euros », transmet l’interprète.
Florence Saint-Arroman

* https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-...