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EPINAC : Le Georgien qui piquait chez Colruyt en reprend pour un mois

30/11/2019 03:15Lu 1207 foisImprimer l’article
Les bandes organisées de voleurs ciblent leurs actions. Une enseigne précise, des produits précis. C’est souvent le fait d’une délinquance itinérante, on le vérifie avec le cas de ce géorgien, condamné il y a 3 semaines au TGI de Chalon-sur-Saône et qu’on a extrait de sa cellule du centre pénitentiaire de Varennes pour être jugé à nouveau selon la procédure de comparution immédiate pour vol en récidive : même enseigne, Colruyt, et mêmes produits, whisky et rasoirs. Autres lieux : Velars sur Ouche (Côte d’Or) et Saint-Pathus (Seine-et-Marne).

Sur l’échelle du malheur, la prison n’occupe pas toujours la place qu’on imagine


En trois semaines son visage s’est étoffé d’une barbe. On apprend qu’il reçoit de la méthadone pour pallier les effets de manque puisqu’il se droguait. D’ailleurs, il fait traduire par l’interprète qui l’assiste que « être arrêté, c’était bien, pour arrêter de consommer des drogues ». Sa situation administrative est inchangée : débouté de ses demandes il aurait dû repartir en Belgique où il avait posé sa première demande d’asile. Au lieu de ça il est en prison, et si on l’en croit, c’est un mal pour un bien car il est malade de l’hépatite C : il verra un médecin à l’hôpital, et on s’occupe de son pied souffrant, toutes choses qui n’auraient pas pu lui arriver du temps de sa vie en caravane à Villeneuve Saint-Georges, ponctuée de shoots et de vols. Sur l’échelle du malheur, la prison n’occupe pas toujours la place qu’on imagine.



4 bouteilles d’alcool, 12 rasoirs Gillette, 11 recharges de lames de rasoir, 1 gel douche


C’est après l’audience du 7 novembre dernier (Cliquez ici pour lire notre premier article) que la responsable de la sécurité des magasins Colruyt de Côte d’Or et de Seine-et-Marne a visionné les vidéos de chaque commerce, et l’a repéré, avec un co-auteur dont il ne dira pas le nom, fait-il traduire. Il dit qu’il a revendu sa marchandise à un magasin pakistanais de Villeneuve Saint-Georges. Le butin : 8 bouteilles de whisky, pour 163 euros, à Velars, et 4 bouteilles à Saint-Pathus, ainsi que 12 rasoirs Gillette, 11 recharges de lames de rasoir, 1 gel douche, pour 416 euros.


« Ne pas prendre une décision disproportionnée »


Colruyt ne se constitue pas partie civile. Le parquet requiert 4 mois de prison avec mandat de dépôt. Jérôme Duquennoy intervient en défense. Il fait le job au maximum de ce qui est possible, c’est-à-dire en tenant compte de tout ce que « la situation administrative » du prévenu empêche. En d’autres termes, comme son client est sans papiers, c’est-à-dire sans droit au séjour autorisé par les autorités publiques, il n’a pas de droit à proprement parler, si ce n’est en l’occurrence l’obligation, pour cette procédure, d’être assisté par un avocat. « Il a déjà été condamné à 2 mois de prison ferme. Vu les préjudices, l’aurait-on condamné à 6 mois de prison ferme en tout ? J’en doute. Je vous demande de ramener ce dossier à ce qu’il est, et de ne pas prendre une décision disproportionnée. Sa situation empêche beaucoup de mesures*. »

Décollage imminent vers un fleuve romanesque


Le prévenu remercie le gouvernement français puis ajoute : « En prison, j’ai compris que ce que j’ai fait n’était pas bien. Si on me laisse 5 minutes je vais dire la vérité, et… » Le président lui demande de faire vite car ces mots de fin d’audience sont destinés à ajouter quelque chose qui n’a pas été dit et qui pourrait être utile à la défense du prévenu, or là, on sent le décollage imminent vers un fleuve romanesque (qu’il soit vrai, ou qu’il soit faux, il a cette dimension) que l’heure et le nombre de dossiers portés au rôle interdisent de laisser s’écouler. Mais le géorgien insiste, l’interprète traduit parce qu’il le doit, face aux juges qui sont déjà à moitié levés pour partir délibérer. « Sa mère a perdu deux fils, dit l’interprète, et il va tout vous raconter… »


1 mois de prison de plus


Le tribunal estime que c’est bon, que l’audience est close. « Il voudrait du sursis ! » lance l’interprète, aux confins des dernières limites. Le prévenu est condamné à un mois de prison, le tribunal décerne mandat de dépôt.
Florence Saint-Arroman

* la situation administrative de cet homme quasiment empêche toutes les mesures alternatives. Il a déjà été condamné, à Versailles, à une amende pour un vol, en mai dernier, et il comparaît déjà détenu.