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ETANG-SUR-ARROUX : Il veut retourner chez sa maman alors il colle un couteau de boucher à la gorge de sa compagne

11/10/2019 05:17Lu 3994 foisImprimer l’article
Avant de retourner chez sa mère, il passera finalement six mois en prison.
Ils se disputaient « au sujet de l’argent ». « Le couteau, c’était pour couper le poulet. » Son alcoolémie d’1.76 grammes ? Il avait bu des pastis purs en milieu de matinée. En début d’après-midi le 14 septembre dernier, les gendarmes l’ont arrêté au domicile de la dame, à Etang-sur-Arroux, parce que le couteau de boucher long de 28 cm, rouillé de surcroît, « c’est un souvenir de mon papa », avait fini posé en travers de la gorge de madame.

« Moi, ce que je veux, c’est retrouver du travail, et retourner chez ma maman »


Ce n’était pas la première fois. Le prévenu avait eu un rappel à la loi l’an dernier, mais la loi, hein, c’est quand même souvent (pas toujours) que ceux qui finissent dans le box, placés en détention provisoire en attendant leur jugement, considèrent qu’elle ne mérite pas qu’on s’y arrête. Ça se vérifie pour celui-ci. Son souci immédiat c’est qu’il espère qu’« elle nourrit les oiseaux et arrose bien les plantes ». Son second souci, c’est que finalement « maman m’avait bien dit que ça allait mal se finir, j’aurais dû écouter ma maman ». Il ne demande d’ailleurs qu’une chose au tribunal, à l’audience de comparution immédiate de ce jeudi 10 octobre : « Moi, ce que je veux, c’est retrouver du travail, et retourner chez ma maman. » Il a 47 ans.



« De toute façon je vais te buter »


Le 14 septembre dernier à Etang-sur-Arroux, et alors que justement il était question qu’il retourne chez sa mère, il picole puis devient agressif, renverse des objets et des petits meubles. « Elle a l’habitude, en quelque sorte, expliquera Christelle Diez pour le parquet, de gérer les crises. » Alors d’une pièce où elle s’isole elle appelle le poste de gendarmerie. Mais quand il saisit ce grand couteau et le lui colle sur la gorge en disant « de toute façon je vais te buter », elle ne gère plus grand-chose, et crie au secours. Par chance un gendarme vit à côté, il est au repos mais il entend les cris et il intervient. Ses collègues embarquent le forcené et le placent en dégrisement pour commencer. Il vocifère, il veut un avocat, il est à nouveau agressif.

« J’espère qu’elle arrose les fleurs »


« Je ne me souviens pas, j’avais bu. J’avais pris le couteau pour préparer mon poulet. J’ai jamais tapé, je suis pas violent. J’en ai peut-être trop fait pour elle. J’ai vendu ma voiture sans permis, pour elle, j’ai demandé 2000 euros à ma tante, pour elle. J’aurais dû écouter ma maman. » Une juge relève : « Vous ne pouvez pas dire que vous reconnaissez et en même temps que vous n’êtes pas violent. » Silence, comme s’il faisait une rapide méditation sur le principe de non contradiction. Puis, cet homme au physique sec, lève la tête : « J’espère qu’elle arrose les fleurs. » Pourquoi boit-il ? « C’est quand je suis contrarié. »


« Je me suis toujours occupé des autres et maintenant je suis dans le caca »


En août dernier, les gendarmes interviennent pour des violences, et il avait saisi, devant eux, un grand couteau. Quelque chose à en dire ? « C’était pour me défendre. » Puis il replonge dans un silence buté. Le tribunal sort les rames car pas moyen d’obtenir des réponses en adéquation avec les questions posées. On lui demande s’il a conscience de la peur de cette femme pendant la scène. Il n’en doute pas, mais grommelle « je me suis toujours occupé des autres et maintenant je suis dans le caca ». Maître Leray intervient pour la victime et remarque que la prévention aurait pu être « violence sur conjoint » si toutefois ces deux-là en assumaient quelque chose, et elle rappelle les SMS versés à la procédure : « monsieur était demandeur de relations sexuelles ». Monsieur regarde l’avocate d’un œil torve et répond à côté.

La victime « pleure beaucoup, a peur. Il la rabaissait, disait qu’elle était fainéante »


Une drôle de vie s’est adossée au fond du box, la tête légèrement renversée en arrière, pour écouter la substitut du procureur requérir. Un homme de 47 ans qui n’a que le mot « maman » à la bouche et parfois des couteaux de boucher à la main, qui s’enivre quand il est « contrarié ». Maître Leray avait plaidé pour la victime - elle « pleure beaucoup, a peur. Il la rabaissait, disait qu’elle était fainéante, qu’elle faisait mal à manger »- une interdiction de contact, « il y a un risque de réitération ». Christelle Diez reprend elle aussi le déroulé de l’histoire, relève les incohérences du prévenu, et ce mot des gendarmes, « il est imprévisible ». Elle requiert 12 mois de prison dont 6 mois seraient assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, une interdiction de contact et son maintien en détention.


Il n’a pas d’avocat


Ça devrait être au tour de la défense de s’exprimer mais monsieur n’a pas d’avocat. Il devait être jugé le 16 septembre, mais les avocats étaient en grève et l’audience fut renvoyée, « pour demande de désignation d’avocat ». Dans ce contexte on s’étonne que le tribunal le juge ainsi, c’est la première fois que dans cette juridiction nous assistons à cela, même s’il paraît qu’à Bobigny on déblaye des CI sans avocats pour assister les prévenus. Du coup, celui-ci a la parole en dernier pour se défendre : « De toute façon, j’ai fait une main courante sur elle. Je ne veux plus la voir. – C’est tout ce que vous avez à dire pour votre défense ? » C’est tout. Et ce n’est pas une défense.

6 mois ferme et 2 ans de suivi


Le tribunal le déclare coupable et le condamne à 12 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, avec obligation de soins, de travailler, d’indemniser la victime. Interdiction de tout contact et de paraître à son domicile. Il devra lui verser 600 euros pour son préjudice moral. Maintien en prison pour la partie ferme.
Il regarde le tribunal d’un œil fixe. « Vous avez compris ? Vous retournez en détention. » Il regarde un membre de son escorte : « Je retourne en détention ? »
Florence Saint-Arroman