
«S’engager, c’est sacrifier une partie de sa carrière professionnelle, et de sa vie personnelle», est un constat partagé, à quelques mois des municipales.
Alors que les prochaines échéances électorales approchent à grands pas, le constat est là : ils sont nombreux, nos élus de proximité, à ne pas vouloir rempiler (quand ils n’ont pas tout simplement déjà rendu leur tablier).
Il faut bien se rendre à l’évidence : passer quatre heures en conseil municipal, après 18 heures, et la plupart du temps bénévolement, ça ne fait plus rêver. Critiqués, surexposés, parfois menacés, souvent surmenés, freinés chaque jour par le poids des procédures administratives, ils étaient 13 000 à avoir démissionné en 2022.
Pour tenter de répondre à la question « comment renouer avec l’engagement citoyen ? » trois personnalités politiques de premier plan se sont retrouvées autour d’une table ronde, jeudi après-midi dans le cadre de l'Université d'été du Laboratoire de la République à Autun.
S’appuyant sur une étude réalisée par l’institut Terram, Dominique Faure, ancienne ministre déléguée chargée des collectivités territoriales et de la ruralité, Sarah El-Haïri, Haute-commissaire à l’enfance, et André Accary, président du conseil départemental de Saône-et-Loire, dressent le même constat : s’engager, c’est sacrifier une partie de sa carrière professionnelle, et de sa vie personnelle.
Pourtant, et c’est le premier enseignement de l’étude, les Français continuent d’être passionnés par la chose publique. Jamais à l’abri d’un paradoxe, nous n’aimons pas nos politiques… mais nous n’avons jamais eu autant besoin de politique. Ainsi, près d’un quart d’entre nous souhaiterions nous engager. Mais sans franchir le pas.
«Une femme qui a des enfants doit pouvoir s’engager»
Comment faire pour qu’il soit moins difficile de se lancer ? Dominique Faure est la première à tenter d’apporter une réponse, en saluant la loi sur le statut de l’élu. « Il faut d’abord davantage de reconnaissance. Qui a envie de se lancer dans une aventure qui le rendrait impopulaire ? Or la reconnaissance passe aussi par la rétribution. Pas une somme qui rendrait riche, non. Mais une somme qui ferait déjà que l’on soit considéré. »
Et puis aussi, légitimer. « Une femme qui a des enfants doit pouvoir s’engager. D’ailleurs, toute personne qui le souhaite doit pouvoir s’engager. Mais pour cela, il faut se sentir légitime. » Or, comment se sentir légitime quand les subtilités du déroulement d’un conseil municipal sont si complexes ? « Cela passe par la formation. Deux jours, pour tous les primo-élus, c’est un minimum ! »
«Montrer ce qui se fait de bien, plutôt que pointer le pire»
Pour André Accary, il faut aussi de la reconsidération : montrer ce qui se fait de bien, plutôt que de constamment pointer le pire. « Hier, je lisais la une d’un journal : “Les politiques ont cramé la caisse.” Je n’ai jamais cramé la caisse. Mais c’est tout ce que l’on retient. » Et puis, il y a les normes.
Ah, les normes ! « C’est simple : plus on nous parle de simplification, plus on complexifie. Je connais un élu qui a été attaqué parce qu’il nettoyait un fossé. Aberrant. »
Sarah El-Haïri, quant à elle, met en avant le mentorat. « Un jeune qui démarre a besoin d’être guidé. » Elle évoque également son expérience d’élue de l’opposition. « Je préfère dire élue minoritaire. Une opposition peut être constructive. Elle peut être intelligente ! »
La politique plutôt que l'administration...
Au cours du débat, il a aussi été question de l’engagement des jeunes, notamment des étudiants. À l’heure où la technique a progressé, il devrait être possible d’assister à des commissions en visio, et de se faire rembourser les frais de déplacement pour participer aux conseils municipaux.
Bref, le débat a été riche et soutenu à Autun ce jeudi, avec un public d’autant plus attentif qu’il a compris que, faute de politique, ce sera l’administration qui prendra le contrôle.
Or, s’ils adorent détester leurs politiques, il y a une catégorie que les Français sont tout prêts à haïr plus encore : les technocrates.
