
3ème et dernier volet de l'interview de l'ancien Ministre de l'Education Nationale qui, avec le Laboratoire de la République, va faire d'Autun l'épicentre de la politique fin août à Autun. Présidentielle, loup, écologie, biodiversité, Jean-Michel Blanquer parle vrai.
Vous êtes inquiet, aujourd'hui, à moins de 2 ans de la prochaine présidentielle ?
JEAN-MICHEL BLANQUER : «Oui, bien sûr. J'ai une part de moi qui est inquiète et puis une autre part qui est volontariste, quoi.
Je pense que rien n'est perdu. En France, il y a plein de choses qui vont bien et plein de choses qui vont mal, voilà. C'est d'ailleurs vrai dans tous les domaines, y compris le domaine scolaire».
Que préconisez-vous ?
«On voit donc bien d'abord que notre pays, la France sait aller bien, peut aller bien, et on voit évidemment, bien sûr plein de problèmes par ailleurs.
Donc les recettes, les voies pour aller bien, elles existent. Comment on fait levier avec ce qui va bien pour remédier à ce qui va mal ?
C'est un peu le défi qui est devant nous… Il ne faut pas croire à un homme ou une femme providentiel magique mais vraiment remettre au coeur de la France le projet collectif de libération des énergies, de respect de tous par tous et de construction de l'avenir.
Notre époque elle est à la fois terriblement inquiétante et terriblement stimulante».
Que voulez-vous dire ?
«Elle est terriblement inquiétante parce que les nouvelles technologies crée des atteintes possiblement énormes aux libertés, parce que l'individualisme matérialiste rend parfois les vies fragmentées, isolées, dépourvues de sens, etc.
Ce sont des choses qui sont des éléments de crise de civilisation. Mais en sens inverse, on n'a jamais eu de tel moyen de communication, les uns avec les autres, de tel moyen d'ouverture au monde.
Un jeune aujourd'hui, si on le met en position de maîtriser sa vie par l'éducation, il peut faire des choses qu'on ne pouvait pas faire il y a encore une génération et encore plus il y a deux ou trois générations.
L'expérience de vie reste forte, les perspectives aussi, on est jeune de plus en plus vieux. Vous voyez le même phénomène, c'est à dire l'augmentation du nombre de centenaires, des possibilités de vie, les deux sont totalement symétriques.
Vous pouvez dire c'est une catastrophe, la dépendance va augmenter et que l’on a des difficultés pour faire face à ce phénomène, et c'est tout à fait vrai de dire ça. Deuxièmement, autre manière de le décrire, on est jeune de plus en plus vieux… A condition aussi de créer les conditions d'une bonne santé de tous, etc.
Si ces deux réalités, ces deux manières de dire les choses sont vraies, il faut prendre en main les deux réalités. Mais si on ne fait que, sans arrêt, appuyer sur le négatif, alors en plus en n'apportant pas de solution, alors on est dans un cercle vicieux du pessimisme !»
Il y a deux sujets en Saône-et-Loire. Un très local à Autun qui a vu un éleveur être poursuivi par l'OFB pour avoir détruit un barrage réalisé par un ou des castors.
Et l'autre sujet qui concerne directement le berceau de la race charolaise avec 500 000 têtes de bovins et 80 000 ovins, c'est le loup.
Quel est votre sentiment ?
«Je pense qu'il n’y a rien de pire que de créer des oppositions frontales. On ne réussira pas la transformation écologique sans les paysans et les éleveurs ; Il est donc très important de prendre les sujets le plus en amont possible pour éviter cette conflictualité… On a la même chose sur les énergies renouvelables, sur l'avenir du territoire.
On a besoin aujourd'hui d'une vision complète de l'agriculture française pour en faire une contributrice à la transformation écologique dont on a besoin. Avec des agriculteurs qui se sentent un petit peu soutenus par le pays et en situation non pas d'être contradictoire avec la transformation écologique mais au contraire, d'en être les premiers acteurs.
Il ne faut pas être dans la conflictualité. C'est très difficile de départager les uns et les autres qui ont des arguments très forts».
Comment faire ?
«D'abord comprendre que chacun a raison, il n'y a pas un gentil et un méchant dans une affaire comme ça, il y a juste des principes qui rentrent en contradiction, Il faut voir comment on les conforte au mieux, mais l'enjeu de biodiversité, il est gigantesque.
On a un effondrement de la biodiversité à l'échelle mondiale, et ça va de pair, évidemment, avec le sujet climat.
Mais s'agissant de la biodiversité, on peut agir au plus près de chez nous, et ce n'est pas seulement le sujet du loup ou du castor.
C'est le sujet des plantes, et moi, je suis mobilisé, même professionnellement, pour contribuer à ce renouveau. Et ça, c'est évidemment l'intérêt des agriculteurs que ce renouveau de la biodiversité se réalise.
Et ça, ça suppose d'avoir une démarche très rationnelle, basée sur les sciences, et une démarche très empathique, basée sur la bienveillance que nous devons avoir vis-à-vis du monde agricole et de son avenir, qui est l'intérêt des agriculteurs eux-mêmes, mais en réalité l'intérêt du pays.
Ca suppose des stratégies départementales, régionales et nationales d'avenir de l'agriculture. C'est pourquoi, moi, je suis très favorable à ce qui est quand même une vision de long terme».
Il faut absolument sortir de la guerre permanente. On doit avoir des instances de dialogue, que les intérêts des agriculteurs soient préservés. Il ne faut pas que les agriculteurs aient le sentiment d'avoir les urbains ou même une partie importante du pays contre eux…Cela parce qu'ils nourrissent le pays et qu'ils sont éminemment respectables par l'ensemble du pays».
Pourquoi avez-vous choisi Autun ?
«Autun est un très beau symbole qu'on a choisi dès l'année dernière.
Autun est une ville emblématique pour une institution comme le Laboratoire de la République. D'abord parce que c'est une des plus anciennes villes de France. et que je parle... On va parler de 2040, 2050.. C’est une ville magnifique et ancrée, or je parle beaucoup d'ancrage, je pense qu'on ne se projettera pas dans le futur si on n'a pas une vision de ce qu'est notre civilisation, de ce que sont ses racines, de son histoire.
L'urbanisme d’Autun nous parle de la France et donc il y a quelque chose évidemment d'emblématique en plein cœur de la Sâone-et-Loire, du territoire français, on est vraiment dans le cœur de l'histoire et de la géographie française.
Donc c'était évidemment une raison de choisir Autun. Et deuxièmement, Autun est aussi emblématique des problèmes et des solutions à cette dévitalisation du territoire français que je déplore».
C'est-à-dire ?
«Autun est une ville qui a été industrielle et qui garde certains forts atouts industriels et qui peut se renouveler, comme le montre le projet nucléaire dont vous avez parlé en Saône-et-Loire, enfin je parle d'Autun et de la Saône-et-Loire…
Donc on peut réussir en dehors des métropoles des revitalisations et comme c'est notre premier thème, pas le seul, mais notre thème un peu matriciel, eh bien, à Autun, nous voulons signifier cela».
Ce sera toujours à Autun l’année prochaine ?
«Il y a toujours des gens qui disent « Tiens, faites-le, pourquoi pas chez moi ». Donc là, on aurait pu d'ailleurs ne pas le faire cette année, puisqu'on l'avait déjà fait l'année dernière.
L'année prochaine, à moins d’un an de la présidentielle, on continuera le laboratoire. Ça, c'est sûr»
Il y aura donc bien une 3e édition ?
«Oui et on verra bien où ce sera. Mais en tout cas, là fin août, pendant 3 jours, je ne veux pas dire qu'Autun va être la capitale de la France…. Mais Capitale de la République, voilà.
La Saône-et-Loire peut être un peu un lieu, un terrain emblématique pour le laboratoire de la République !»
Recueilli par
Alain BOLLERY
(Photo Alain BOLLERY)
