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20/11/2020 18:42
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TRIBUNAL : «Ca veut dire que sans votre mari, vous seriez perdu»... Le jeune homme maltraité confirme «Ah oui c'est vrai»

C'est une audience de tribunal comme on aimerait qu'il n'y en ait pas... Car le cumul de ce qui a été dit fait froid dans le dos, rend mal à l'aise. Car l'accusé est aussi une victime en puissance.
Mais la justice doit pourtant passer.

C’est un jeune homme vulnérable qui à ce jour ne bénéficie d’aucun régime de protection civile, mais qui est entouré, à l’audience comme dans la vie, par son mari, et une voisine qui pourrait être sa grand-mère. C’est là son seul entourage.`

« Son enfance, son entrée dans l’âge adulte, tout a été compliqué » plaide maître Sarikan
De son enfance et sa jeunesse nous ne dirons que ceci : elles furent marquées par le manque et aussi par la violence, une violence criminelle au regard de la loi. L’institution en charge de l’enfant lui a ensuite donné ce qu’elle peut donner, ce qu’elle sait donner, mais les dommages étaient profonds. Le jeune homme en subit les effets et conséquences, d’abord en région parisienne, puis dans sa ville natale où le prévenu revint s’installer avec son compagnon, qui devint son mari.
« L’expert psychiatre dit que la façon dont vous avez grandi et vous êtes construit, tout ne s’est pas bien mis en place, avec des mises en danger de vous-mêmes et des comportements sexuels problématiques » lui explique la présidente
A l’audience des comparutions immédiates il est jugé pour plusieurs passages à l’acte. En fait l’année écoulée fut émaillée d’interpellations et de présentations au procureur de la République. A chaque fois il reconnaissait les faits, avec une franchise saluée par les magistrats, et à chaque fois il repartait avec une convocation en CRPC. Que faisait-il ? En proie à des pulsions sexuelles harcelantes, il quittait le domicile conjugal, partait à la gare, y cassait une vitre ou deux pour pénétrer dans un local duquel il pouvait téléphoner aux gendarmes, et se masturber. Oh ce n’est pas arrivé bien souvent, car à plusieurs reprises il s’est arrêté au stade 1 de son plan (si on peut appeler ça comme ça).

« Monsieur a des difficultés psychiques, il doit être aidé » dit la substitut du procureur
Lorsqu’en août dernier il réitère, le parquetier de permanence décide alors que c’en est trop, rassemble tous les dossiers, les oriente en comparution immédiate, et le juge des libertés et de la détention place le garçon en détention provisoire. 24 heures de prison : 24 heures de crachats et d’insultes. Le fait semble acquis aux magistrats : la prison est un lieu très dangereux pour les homosexuels. Pourtant des pulsions irrépressibles ne poussent pas celui-ci à agresser les autres, mais à se masturber en public. Dans ce dossier les seuls témoins de ses passages à l’acte furent des adultes, et sans sous-estimer le caractère absolument déplacé de son geste (déplacé, sans doute à l’image de ce qui fut déplacé dans sa vie d’enfant et qui l’a abîmé aussi sûrement qu’une torpille), la loi le qualifie d’exhibition sexuelle - dont il faut protéger les enfants, la présidente Catala n’oublie pas d’aller tester le prévenu sur ce terrain-là, mais le prévenu n’est pas attiré du tout par les enfants -, et non d’agression.

« Ok, il a pu être choqué, plaide l’avocat au sujet d’un monsieur qui se considère victime. Mais à un moment donné : quand on filme, quand on diffuse sur les réseaux sociaux pour qu’il y ait un lynchage public ? »
Il reste donc les gendarmes qui ont eu à supporter cette scène, et puis un passant qui, surprenant un jour le garçon s’exhibant ainsi, dans une voiture, a pris soin de le filmer, aurait laissé ses copains venir taper le jeune homme puis lui faire un chantage « de l’argent contre la vidéo ». Ce même passant a remis la vidéo à la gendarmerie mais il en a aussi passé un extrait sur Snapchat, avec le commentaire « fdp », « pour qu’il y ait un lynchage public de monsieur » s’insurge maître Sarikan. L’avocat demande au tribunal d’en tenir compte : cet homme, qui veut se constituer partie civile, demande 1000 euros de dommages intérêts au titre de son supposé préjudice moral alors qu’il a appelé à la violence ?

« On a réuni 8 dossiers, avec le code promo de l’altération du discernement » dit l’avocat
Maître Sarikan a du travail car la stigmatisation de son client n’est pas seulement le fait d’hommes frustres et très portés sur leur propre virilité (peu sûre d’elle, visiblement), elle peut-être aussi le fait d’hommes qui ont fait des études supérieures dans une société qui place l’hétérosexualité comme idéal sexuel et affectif. « L’expert psychiatre, en préambule à son rapport d’expertise, écrit remarquer ‘sa tenue vestimentaire un peu apprêtée, en lien avec son homosexualité’… Je suis très choqué. Je ne vois pas le rapport ! En 2020, il y a encore de gros efforts à faire. » L’avocat n’en a pas fini avec « le package de l’homosexuel » : « des coups, des crachats, des insultes, y compris sur les réseaux sociaux », alors que son client est « quelqu’un en grande souffrance », « qui a demandé à retourner à l’hôpital, il demande de l’aide, il ne supportait plus ces pulsions ».

Sursis probatoire pendant 2 ans
Le tribunal déclare le jeune homme coupable des faits qui lui sont reprochés (4 bris de vitres, 2 pénétrations dans un local réservé au personnel SNCF, et 2 exhibitions sexuelles, dans un contexte que la camisole chimique a infléchi depuis) et le condamne à 5 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire de 2 ans avec l’obligation de soins.

5 mois au cas où : « Imaginez ! 150 nuits, ça fait long »
La présidente prend le temps d’expliquer la peine au prévenu, agite les 5 mois de sursis et sa grande peur de la prison comme un moyen de le convaincre de cette nécessité : poursuivre les soins qu’il a mis en place pendant son contrôle judiciaire. Le tribunal déboute le passant qui se voudrait victime, de sa demande, « faute de justifier d’un préjudice moral ».
« Monsieur, l’expert psychiatre écrit que vous êtes très dépendant de votre conjoint. » Le jeune homme ne comprend pas, la présidente lui explique : « ça veut dire que sans votre mari, vous seriez perdu. » Le prévenu réagit immédiatement avec un geste du bras qui souligne l’évidence : « Ah oui, c’est vrai ! » Le tribunal a retenu l’altération du discernement.
FSA

Note : ce genre d’article n’est jamais simple à écrire, car il a tous les ingrédients pour faire un buzz. Le sexe est un appel au clic aussi puissant que les affaires mettant en cause des enfants maltraités, ou des animaux, on le sait. Or, cette vie si abîmée dès le départ et qui s’abîme elle-même dans des passages à l’acte irrépressibles dont la première victime est le prévenu lui-même (ce qui ne s’oppose pas à ce qu’il soit en même temps considéré comme responsable de ses actes, et jugé), cette vie qui s’expose à la violence dont d’aucuns aiment user en s’en prenant à quelqu’un de fragile et de plus faible qu’eux, souvent au nom d’une vertu imaginaire, mérite d’être protégée. Il n’est pas simple de rendre compte d’une telle audience sans offrir à ceux que ce genre de faits excite, un quelconque moyen d’alimenter leur excitation et leur vindicte.