Il est venu seul au tribunal, répondre, seul, de ce qu’il a fait, en décembre 2023, lors de soirées sans doute marquées par la plus grande solitude et imprégné d’alcool. Il était enseignant à l’époque. Ses actes lui ont coûté son emploi. Suspendu en décembre 23, licencié en janvier 24.
Il a entre 50 et 60 ans, il doit répondre d’« incitation d’un mineur par un majeur utilisant un moyen de communication électronique à commettre un acte de nature sexuelle ». L’homme a rencontré, assisté de son avocat, le procureur de la République. Il fait maintenant face au juge chargé de l’homologation des peines, ce jeudi 26 mars.
Une relation sexuelle contre cigarettes ou argent, à un de ses élèves
« Oui je reconnais, dit le prévenu, avoir envoyé ces messages. Je sais que l’alcool n’est pas une excuse… mais je ne l’ai jamais harcelé et je n’ai jamais… » Le juge lui coupe la parole : « Ce n’est pas ce qu’on vous reproche, monsieur. On vous reproche d’avoir demandé une relation sexuelle contre des cigarettes ou de l’argent, à un jeune âgé de 17 ans qui était alors un de vos élèves. »
Le juge reprend : « Pourquoi lui ? Vous saviez qu’il était mineur, monsieur.
- Oui, enfin non, pas vraiment. »
Le prof de l’époque avait accès aux fiches individuelles des élèves : identité, adresse, date de naissance.
Se rend-il compte ?
Que pense-t-il de son comportement ? « C’est inacceptable. Je le regrette. Mais je ne peux pas revenir en arrière. » Le juge observe : « Ces messages, ils sont crus, quand même.
Et c’est arrivé plusieurs fois. »
Le prévenu explique que ces soirs-là (entre le 11 et le 13 décembre 2023), il s’alcoolisait beaucoup. Puis le lendemain matin, dans l’après-coup, il s’excusait. Soit, lui répond en substance le juge, mais se rend-il compte de ce que ça peut faire à un jeune de recevoir « ça » de la part d’un prof ?
Les premières sanctions furent immédiates
D’ailleurs, sait-il quelle est la peine encourue pour cette infraction ? … Le prévenu ne sait pas, mais il va le savoir : 7 ans. « 7 ans, ça souligne la gravité de votre comportement, monsieur. » Le prévenu en reste bredouillant.
Bref, les sanctions, dès la révélation des faits par le mineur (qui ne demande rien aujourd’hui) sont tombées : viré. Sanction professionnelle qui entraîne une sanction sociale. L’homme a su retrouver du travail. Il a été prof (dans la formation professionnelle) de 2005 à 2023.
Enivré, et par l’alcool et par ses fantasmes, et par sa solitude, il a franchi une ligne
A-t-il une attirance pour les mineurs ? « Non, plus jeunes que moi, oui, mais pas mineurs. » A-t-il déjà eu une relation amoureuse avec un ancien élève, demande le juge. Réponse surprenante :
« À ma connaissance, non. »
L’expertise psychiatrique, diligentée puisque obligatoire pour tous les faits de nature sexuelle, ne dit rien de particulier, pas de dangerosité d’une manière générale. Il devait se raconter des films, happé par les vapeurs d’alcool, et à l’abri derrière un écran.
Pas de casier judiciaire
« Ce sont des faits qui datent un peu, dit maître Duquennoy. Monsieur n’a pas de casier judiciaire, il a reconnu les faits, et il justifie d’un suivi psychologique d’une fois par mois et d’un suivi aussi pour l’alcool. »
Le juge homologue la peine proposée par le procureur, soit 6 mois de prison avec sursis et l’interdiction de toute activité, professionnelle comme bénévole, au contact de mineurs, pendant 1 an.
« Heureusement que vous êtes venu avec des justificatifs » lui dit le juge.
FSA