Et 3 ans d'interdiction de venir à Autun...
Il arrive sous escorte gendarmerie, directement de garde à vue, en comparution immédiate ce 21 mai, parce qu'il a enfreint une interdiction de contact, et doublement, avec ça. Une audience sous le signe du grand déballage.
Ah ces séparations, quand il y a un ou des enfants au milieu, c'est que douleurs, colère et poison. Dans ce dossier il y eut des violences, aussi. Pour autant la présidente, au bout de 45 mn de propos qui partent dans des considérations psychologisantes d'un côté comme de l'autre de la barre, recentre le débat sur le prévenu : "Monsieur, on ne doute pas de l'affection que vous avez pour vos enfants, mais si vous ne vous remettez pas en question, vous ne vous en sortirez pas. On n'est pas chez le juge aux affaires familiales ou le juge des enfants, on est au tribunal correctionnel."
Deux interdictions de tout contact avec la victime
En septembre 2025, ordonnance de protection concernant madame, avec interdiction de tout contact. Le 17 décembre 2025, condamnation au pénal, en CRPC défèrement, pour violation de l’interdiction de contact : 5 mois de prison et une interdiction de contact, en peine complémentaire, pendant 18 mois.
Sauf que le 19 mai, il y a 3 jours, madame tombe sur lui alors qu'elle montait dans sa voiture. A la barre, elle gaffe : elle dit que le parquet lui a confié un téléphone grave danger. Le prévenu l'apprend à ce moment-là, moue de la présidente. Bref, elle a son TGD à portée de main, et son téléphone perso prêt à filmer, "sur conseil de France Victime". Alors elle filme. Puis elle va déposer plainte. Les gendarmes cueilleront monsieur devant son domicile à lui, du côté du Creusot.
Lui, il justifie être venu à Autun pour son rendez-vous chez une sophrologue avec qui il faisait un travail au long cours, qui, dit-il, a soutenu son sevrage alcoolique. Puis il a voulu passer à la librairie, acheter un livre pour sa fille, encore nourrisson, qu'il ne voit plus qu'en visites médiatisées.
"Madame pensait qu'elle serait protégée, et finalement, non"
Sauf que dans ce contexte, quand la femme le voit, elle a très peur. Maître Andali plaide le plan de ville pour démontrer que monsieur pouvait tout à fait aller chez sa sophrologue sans passer devant chez madame. "Madame pensait qu'elle serait protégée, et finalement, non."
A la barre la femme dit sa peur. Peur de quoi ? "De violences, je connais la fulgurance de sa violence."
Le prévenu réside à 27 km d'Autun, il est plus près du Creusot, la présidente l'invitait à se rapprocher du Creusot.
L'homme est locataire, au chômage, a des dettes. "Ce n'est pas très satisfaisant, observe la présidente. Vous faites quoi de vos journées ?"
Il s'occupe de ses animaux, fait des travaux dans son logement, s'occupe de ses enfants quand il les voit. Il se dit sobre depuis 10 mois, et prend "du CBD de manière récréative (« récréative » ?) tous les soirs".
Le tribunal lui apprend que s'il prend le volant ensuite, et s'il est contrôlé, il sera en infraction, y compris 48 heures plus tard.
Il a fait une tentative de suicide en 2014, fut déjà condamné pour des violences aggravées sur conjointe précédente. Le prévenu affirme : "C'est l'alcool qui me rendait dangereux." Donc il se dit "absolument pas violent".
« Il ne cesse de la dénigrer »
Ce n'est pas l'avis de la procureur qui elle aussi a regardé un plan d'Autun : s'il n'était allé qu'à son rendez-vous pour repartir directement ensuite et aller dans une librairie au Creusot... Mais voilà, "l'ordonnance de protection a été confirmée en appel, et lui, il s'en fiche". "Et puis ce qui transpire de ses trois auditions en garde à vue, c'est que tout est de la faute de madame. Il ne cesse de la dénigrer. Il lui impose une présence physique dont la justice estime qu'elle doit être préservée. Il n'a rien à faire à Autun. Il a voulu lui faire peur et lui montrer qu'il est toujours présent dans sa vie."
La procureur requiert une peine de 18 mois de prison avec mandat de dépôt, interdictions de contact avec madame ainsi que de paraître à Autun, pendant 3 ans. Enfin, "parce que je ne veux pas que l'enfant serve de prétexte pour embêter madame, je demande le retrait de l'exercice de l'autorité parentale".
A ces mots, l'homme réagit : "non, non..." Il n'a sans doute pas entendu la nuance entre "l'exercice de l'autorité parentale" et l'autorité parentale complète.
"Il avait le droit d'aller à Autun, rien ne le lui interdisait"
Maître Bouflija reprend elle aussi l'historique du dossier, du côté des droits du prévenu et du prévenu en tant qu’il est père, jusqu'à cette CRPC défèrement : "Il a pris 5 mois ferme pour un seul SMS dans lequel il disait sa détresse, c'est une peine lourde".
Le 19 mai, "il avait le droit d'aller à Autun, rien ne le lui interdisait, et il n'est pas allé au domicile de madame". "Pas de violence, rien, si vous estimez que ce hasard constitue une violation de l'interdiction de contact... et on vous demande 18 mois ferme... ça veut dire quoi ? Qu'il ne peut pas se réinsérer ? Je ne comprends pas la sévérité des réquisitions pour un signe de la main. C'est un homme qui souffre. Il ne voit sa fille qu'en lieu médiatisé, il s'en occupait depuis sa naissance. Madame souffre, oui, mais monsieur aussi. 18 mois qui s'ajouteraient aux 5 mois déjà prononcés (et qui sont mis à exécution, ndla), ça ferait 23 mois, je vous demande d'en tenir compte."
Le prévenu : "Je m'excuse profondément si elle se sent menacée, ce n'est pas ce que je veux faire. Je suis meurtri de ne plus voir ma fille, je vous demande juste de me laisser le droit de voir ma fille."
10 mois ferme, interdiction de paraître à Autun pendant 3 ans
Le tribunal dit l'homme coupable et le condamne à la peine de 10 mois de prison ferme, décerne mandat de dépôt. Peines complémentaires : interdiction de tout contact avec la victime pendant 3 ans, interdiction de paraître à son domicile pendant 3 ans, et interdiction de paraître sur la commune d'Autun pendant 3 ans. A ces mots la victime craque, sanglots, de soulagement sans doute.
Enfin, le tribunal ordonne le retrait de l'exercice de l'autorité parentale.
Le tribunal explique au prévenu ce que signifie « retrait de l’exercice de l’autorité parentale », « cela ne vous empêchera pas de voir votre fille ». L’homme reste muet, visage fermé. Puis : « J’ai une requête à vous faire : donner des consignes à mes parents qui sont là pour s’occuper de mes animaux. J’ai mes trois chevaux, des chiens, un chat. » Il part pour 5 + 10 mois…
FSA