Les gendarmes de la brigade d’Autun l’avaient déjà à l’œil : un homme aux cheveux gris importunait parfois des gens, de préférence des femmes. Aussi, quand, le 27 juillet dernier, ils sont appelés pour une tentative de vol de sac à main et que la victime leur décrit l’auteur, ils en incluent une photo dans le tapissage.
La victime dépose plainte et reconnaît l’agresseur sur la photo numéro 9. Elle sortait du boulot, ce jour-là, marchait rue de l’Arquebuse quand elle voit arriver un monsieur qui parle tout seul. Elle ôte ses écouteurs parce qu’il semblait désorienté. Il lui parle de ses problèmes : depuis que sa mère est à l’EHPAD, il manque d’argent. Alors il lui demande de l’argent et tire sur son sac pour le lui prendre.
Conjointement il sort son autre main de sa poche : il tient un petit couteau et même s’il ne le pointe pas sur elle, elle prend peur. Elle est jeune, vigoureuse, elle se dégage. Elle est jeune, vigoureuse, mais elle est choquée. Dans un second temps, dans les locaux des gendarmes, elle identifie donc l’homme. On trouve son adresse, on va l’interpeller, il est placé en garde à vue. Et que fait-il ? Il assure les enquêteurs qu’il n’a « rien fait » et leur parle de sa mère, et de sa tutrice qui « ne fait rien pour moi ».
Bah, c’est triste
C’est la triste histoire d’un homme qui n’a jamais vécu que chez sa maman et qui doit s’en séparer parce qu’elle est âgée. Il a lui-même 62 ans. Il a été placé sous tutelle en 2024. Il est jugé ce jeudi 17 septembre en comparution à délai différé : il a dû rencontrer un psychiatre pour expertise.
La position du malheureux prévenu à l’audience est la même qu’en garde à vue. La présidente observe que son casier judiciaire est vierge. « C’est normal, j’ai jamais rien fait de mal. » Dans le même temps il reconnaît ne pas connaître la victime, laquelle a donné de lui une description, l’a reconnu sur photo, a rapporté ses propos sur sa mère dont il a entretenu également les gendarmes. Les éléments à charge sont suffisants.
Altération du discernement
Reste sa « personnalité » comme on dit au tribunal. L’expert psychiatre parle de « léger trouble anxieux », « déficience mentale moyenne ». Conclusion : discernement altéré.
La présidente essaie d’expliquer ça au prévenu dans des termes plus accessibles. Le prévenu : « Non, non, j’ai pas de troubles. – Alors pourquoi êtes-vous hospitalisé ? » … Il ne sait pas, dit-il.
Le 28 juillet dernier le juge des libertés et de la détention l’avait placé sous contrôle judiciaire mais finalement il a été hospitalisé d’office et s’il ne sait pas pourquoi, le projet de sortie l’intéresse au plus haut point : il irait « dans une maison familiale ». « Et puis, aller chez moi parce que j’ai des affaires dans le frigo. » Il ne peut pas vivre seul, ce monsieur.
« Choc important de la séparation d’avec sa mère », « ses troubles se sont aggravés »
La procureur retient l’altération du discernement, mais pour « des faits graves d’agression dans la rue, un couteau en main ». Elle requiert une peine de 10 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire de 2 ans, avec des obligations de soins, une interdiction de contact avec la victime, etc.
« Un sursis probatoire, c’est bien quand on est en capacité de s’inscrire dans un suivi » objecte l’avocat.
« Il y a un an il a connu le choc important de la séparation d’avec sa mère. Il avait besoin d’aide au quotidien et le voilà seul. Tout est devenu très compliqué. Ça s’est traduit d’abord par des problèmes d’hygiène puis par un comportement erratique, plaide maître Marceau. Ses troubles se sont aggravés. Il mélange un peu tout. Mais s’il est encadré et a suffisamment d’interactions, il n’est pas agressif. Il ne sortira de l’hôpital qu’accompagné. »
Coupable
Le tribunal dit le prévenu coupable, retient l’altération du discernement et le condamne à la peine de 10 mois de prison avec sursis (simple). Peines complémentaires : interdiction de tout contact avec la victime ainsi que de paraître à son domicile, pendant 3 ans, et interdiction de porter/détenir une arme pendant 5 ans.
La présidente explique au monsieur qu’il ne va pas en prison. « C’est normal, parce que j’ai rien fait. »
Il devra néanmoins indemniser la partie civile pour son préjudice moral.
FSA