«On me privait de ma fille, c'était une colère de papa, madame», a-t-il tenté de se défendre...
La jeune femme fait un lien entre "bipolarité et alcool" pour expliquer "les crises" récurrentes de cet ex-conjoint, mais que n'a-t-elle pas subi ! En couple pendant un peu plus de 5 ans grevés de violences de toutes sortes, elle se sépare de lui mais voilà qu'il la harcèle et revient la frapper. Elle dépose alors plainte, à Epinac, fin février dernier.
La bipolarité, mot à la mode qui recouvre néanmoins une pathologie sérieuse, a parfois bon dos. L'homme, placé sous contrôle judiciaire le 21 avril, est né en 1994. Il se tient à la barre, ce lundi 31 août, barbe courte et crâne rasé, pendant que la présidente rapporte les faits.
Menaces de mort et violences de 2021 à 2026, ITT supérieure à 8 jours
Voilà un tripot familial bien corsé. Insultes et propos abaissants quasiment chaque jour, dit la victime. "Les insultes étaient réciproques, affirme le prévenu à la barre. Cette relation était toxique depuis le début. J'ai mis des gifles c'est vrai mais ça venait pas de nulle part.
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La victime et quelques témoins racontent d'autres choses, d'un degré supérieur. "Ces personnes se sont mises d'accord sur une version. J'assume ce que j'ai fait, mais il y a des choses fausses dans le dossier. Je ne vais pas admettre des choses pour faire plaisir aux gens", se défend énergiquement le prévenu.
"Soit, lui répond la présidente, mais je vous dis que ce qui est dit dans la procédure est cohérent." Orgueilleux l'homme renvoie : "Je ne suis pas assez bête pour frapper ma femme devant témoins." La phrase fait frémir.
"On me privait de ma fille, c'était une colère de papa, madame."
"Pourquoi vous êtes restés ensemble pendant 6 ans monsieur ? - Parce que je l'aimais, je l'ai dans la peau." On se permet : une partie du problème s'enracine là.
La présidente insiste : il géolocalisait sa compagne, voulait connaître le contenu de son téléphone. Lui : "Elle le faisait aussi, on était les mêmes, mais moi je reconnais." Une séparation intervient, en janvier dernier, et pourtant il continue. La harcèle, la suit, jusqu'à une dernière scène de violence et de coups. "Je ne parlais que de notre petite, et c'est là que ça a dérangé." Il a quand même écrit à son ex-compagne, rappelle la présidente, que s’il ne peut pas voir sa petite "je vais te saigner". "C'est pas très correct" concède le prévenu.
La présidente lui rappelle ensuite qu'il n'a reconnu le bébé né au printemps 2023, qu'en avril 2026. Lui, direct : "Ben oui quand vous ne savez pas si c'est vous le père." Bref, tripot infernal, pas d'issue.
Maitre Halvoet explique que monsieur est suivi depuis des années pour cette bipolarité.
Histoire envenimée au plus haut degré
"Monsieur, il y a toujours de la souffrance, dans les ruptures. Le problème ici c’est les violences. On a l'impression que vous minimisez en disant à chaque fois, 'oui mais elle, elle a dit ça, elle a fait ça'. Le problème n'est pas dans la réalité de votre souffrance" dit, humainement, la présidente au prévenu qui répond : "Oui oui, c'est pas correct, je dis juste que c'est pas gratuit." No way.
Histoire envenimée. Il prend des coups devant l’école maternelle, les gendarmes l’ont constaté mais il n'a pas déposé plainte. Par contre, en plein contrôle judiciaire, il met sur Facebook des publications qui se veulent salissantes à l’égard de son ex. "Vous n'êtes pas dans l'apaisement de la situation" constate un des juges.
Maitre Ronfard intervient pour madame, rappelle l’ITT de 15 jours, la peur de la jeune femme, et insiste sur "le degré zéro de réflexion et de conscience de monsieur, qui n'est pas passé à autre chose".
"Contrôle coercitif", "chantages", "menaces"
La procureur de la République balaie les tripots d'un revers de bras. Les tripots sont constrictors, comme les boas, et ils ne sont au fond pas l'objet des audiences.
"On ne juge pas l'ego d'un homme, ni sa fierté. Ce qui est fait dans cette enceinte, l'est au nom du peuple français : il s'agit de savoir si vous avez commis des infractions, enfreint des lois."
Lois qui encadrent toute relation en la bordant de limites, ce que le prévenu semble ignorer. La procureur parle de contrôle coercitif, des chantages de monsieur lorsque madame faisait mine de s'éloigner : chantage au suicide ou menaces de représailles. Et les messages : "Où tu es ? Prends une photo. Rentre !"
La peine ? La procureur demande au tribunal d'intervenir sur les liens qui unissent monsieur à safille, convaincue qu'il s'en servira pour continuer. Elle cite un rapport du SPIP : "Monsieur n'est pas dans un processus de responsabilisation", et requiert une peine de 24 mois de prison assortis d'un sursis probatoire, le retrait de l'exercice de l'autorité parentale.
"Un contexte très troublé" et la famille de madame s'y met
Maître Halvoet dit assister le prévenu depuis un moment, pour ses deux premiers enfants. "La sanction doit passer, mais..." Et l’avocate reprend les histoires de familles, "un contexte très troublé", souligne que jamais monsieur n'a été condamné pour des faits de violence. "Évidemment c’est lui qui est jugé aujourd'hui mais ça ne s'arrête pas non plus de l'autre côté et madame sera jugée aussi pour ce qu'elle a fait. On est venu lui casser la figure à son domicile. Une autre fois c'est le père de madame qui est venu le mettre en joue, celui-ci sera jugé bientôt. A un moment donné, que doit-il faire pour avoir la paix ?" L'avocate plaide pour "une application modérée de la loi pénale compte-tenu du contexte".
Décision : deux ans sous main de justice, deux ans de prison en réserve au cas où…
Le tribunal suit les réquisitions (sauf sur un point) : 24 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire (la présidente ne précise pas la durée, on suppose pendant 2 ans) : obligations de soins, de travailler, d’indemniser la partie civile, de payer le droit fixe de procédure ; interdictions de tout contact avec la jeune femme ainsi que de paraître à son domicile, le tout s’applique dès maintenant.
Le tribunal prive en outre l’homme de son droit d’éligibilité pendant 5 ans, mais il ne retire pas l’exercice de l’autorité parentale car, explique la présidente, il n’en dispose pas, en réalité car la reconnaissance de l’enfant est tardive (environ 3 ans après la naissance).
Le tribunal espère que monsieur aura attentivement écouté le portrait qu’a dressé de lui madame le procureur : le portrait de quelqu’un qui a beaucoup de chemin à faire.
FSA