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27/02/2026 03:16
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ETANG SUR ARROUX : Madame avait affreusement banalisé ce quotidien de violences

L'audience était placée sous le signe de la souffrance... Le compagnon violent a été condamné et maintenu en détention.
La procédure telle que la présidente la relate pour ses assesseurs ne manque pas de détails crousti-frissons, de ceux qui attirent les clics, pour autant on n’en parlera pas, parce qu’à la fin de l’audience on ne sait plus trop ce qui est objectif ou pas. On va s’en tenir à l’essentiel, il est déjà bien lourd.
Cette longue audience juge un homme né en 1993 et incarcéré à Dijon pour y recevoir des soins et une surveillance psychiatrique.
On lui reproche des violences de toutes natures, sur une période qui va de 2022 à novembre 2025, quand la femme a porté plainte. Cette histoire avait commencé dès 2019, avec une première condamnation de monsieur en 2020 pour des violences, y compris sur le plus jeune enfant de madame.
Les enfants sont sortis du circuit, pas leur mère. Elle est absente à l’audience, ce jeudi 26 février.

Une audience placée sous le signe des souffrances
Celle de la victime dont maître Trajkowski porte la voix, et aussi celle du prévenu qui souffre d’une maladie psychiatrique (il a tenté de s’immoler dans sa cellule, on l’a conduit au centre hospitalier de la Chartreuse), qui va demander une pause, et qui flanche au fur et à mesure de l’audience, parce qu’il n’a « pas eu (son) médicament aujourd’hui », dit-il. Et aussi parce qu’il est rudoyé tout au long de l’audience : on attend de lui ce qu’il n’est pas capable de donner, de dire, alors on y revient, en boucle, c’est long et lancinant. Du reste, s’il n’était pas saturé de chimie, ça serait bien un coup à lui faire péter les plombs.
Enfin, parce que le réquisitoire le met face à des réalités, comme celle d’une longue incarcération dont il préférerait être épargné… Oui mais voilà…

Un étau insensé de violences et d’isolement
Maître Pépin, pour le prévenu, le plaide : après la première condamnation, en 2020, son client avait une interdiction de contact et il a vécu plusieurs mois à Chalon. Madame et lui se voyaient de temps en temps, et finalement ils ont remis ça.
Ça, quoi ? Une vie enfermée et enfermante dans une « jalousie maladive » comme dit le prévenu, qui, convaincu de l’infidélité de madame, se servait de ce prétexte (puisqu’aussi bien il aurait pu la quitter si… si… et si… ) pour l’insulter de la pire des façons, pour être violent et pour contrôler sa vie, la mettant dans un étau insensé de violences et d’isolement. Maladif.

« Altération profonde » du discernement
L’expert psychiatre conclut à une « altération profonde » du discernement. L’expert dit avoir mis fin à l’entretien parce que « les pertes de contact devenaient de plus en plus fréquentes ». Le prévenu le dit à sa façon au tribunal : « J’ai beaucoup de mal à me concentrer, je ne suis pas toujours là. »

Le psychiatre écrit que le prévenu souffre d’un « trouble psychotique sévère » associé à une « schizophrénie déficitaire ». « Déficitaire » pour dire que ça s’accompagne d’un appauvrissement affectif et émotionnel, que la personne s’isole.

Du délire, et une femme qui dépérissait
D’ailleurs les voisins ont témoigné qu’il ne sortait pas de chez lui. Madame travaillait et travaille toujours, lui, non. Il perçoit l’AAH et reste dans sa grotte à se faire des films et à y faire tenir à sa compagne le premier rôle. Il la harcelait, exigeait d’elle qu’elle ne déjeune pas au boulot avec ses collègues, ne voulait pas qu’elle fasse de formation (« C’est par jalousie », dit-il). Il pouvait la bombarder de messages, de coups de fil, pour « savoir »…
Bref, du délire, et une femme qui dépérissait.
« Quel est votre dernier souvenir heureux avec elle ? » lui demande la présidente. L’homme répond : « Quand on a regardé le dernier Jurassic Park. Elle m’a demandé des câlins dans les cheveux et s’est endormie dans mes bras. »
L’expert psychiatre écrit aussi que la violence, dans le cas de cet homme, est « un mode d’expression substitutif », et il préconise « une prise en charge psychiatrique intensive ».

Pourquoi madame était-elle retournée avec lui en 2020 ?
Le prévenu a deux CAP, ce qui est vraiment bien, mais son état a dû se dégrader, surtout sans soins. Alors il y avait cette histoire, des revenus suffisants grâce à madame et tout aurait été parfait s’il n’y avait pas le monde autour et les fantasmes assassins de monsieur.
C’est cette relation qui était « substitutive » à sa façon, finalement.
Pourquoi madame était-elle retournée avec lui en 2020 ? Mystère. Son avocate parle d’emprise, d’une emprise « insidieusement » installée par un homme manipulateur qui « savait très bien ce qu’il faisait ».

Il va déposer plainte contre Google…
En tout état de cause il a fallu que du monde se mobilise pour que la femme se décide, enfin, à porter plainte. C’était en novembre dernier. Au départ c’est lui qui va déposer plainte, contre Google, parce qu’il s’estime « persécuté par l’IA de Google ». « J’ai 900 captures d’écran » dit-il au tribunal à l’appui de cette persécution.

… les forces de l’ordre font le lien avec des alertes du réseau VIF d’Autun
Or il est accompagné de madame et les forces de l’ordre font le lien avec des signalements, des alertes, du réseau VIF d’Autun. Les choses vont bouger, la femme est entendue, dit qu’elle n’a plus de vie, qu’il contrôle tout, qu’il la contraint, qu’il la menace, qu’il lui interdit d’avoir des comptes personnels sur les réseaux sociaux, et qu’il la frappe, aussi. Elle dit encore qu’il s’en prend au mobilier, casse et envoie valser ce qui lui tombe sous la main. Pendant qu’elle se livre, il ne cesse d’essayer de la joindre.
Elle est accueillie en hébergement d’urgence le soir-même. Il est interpellé le 18 novembre à son domicile. La femme, réentendue, maintient ses déclarations, y ajoute qu’il « scarifiait les murs avec un couteau », que lorsqu’elle a fait une fausse-couche, il a congelé l’embryon, qu’ils sont en situation de surendettement, et elle conclut : « Il a besoin de se faire aider. »

« Madame avait affreusement banalisé ce quotidien de violences »
Le mot est faible, et ils en ont besoin tous les deux. Un médecin fixe pour cette femme une ITT de 28 jours. Maître Trajkovski rappelle qu’en 2020, l’avocat de madame avait pris la mesure de cette situation et lui avait dit de ne pas rester avec cet homme mais… « Elle a vécu l’horreur. Elle demande de pouvoir respirer, juste respirer. Madame avait affreusement banalisé ce quotidien de violences. »
« Ma maman m’a dit » 
« Ma maman m’a dit : il faut aller en hôpital psychiatrique, dit le prévenu. Il me faut un traitement pour la schizophrénie. J’avais honte d’être malade. »
Vers 16h40, il demande à son avocate s’il peut avoir une petite pause. Il a très soif depuis le début de l’audience. « J’ai la bouche tout sec », a-t-il répété, sans qu’on lui passe un verre d’eau. Le tribunal accorde une petite pause de « 5 minutes », elle dure 25 minutes.

« Monsieur est dans son monde, dans une autre réalité que celle du dossier »
La procureur trouve que le prévenu, qui reconnaît pouvoir être violent, ne reconnaît pas tant que ça puisqu’il maintient que tout vient du comportement de madame. « Monsieur est dans son monde, dans une autre réalité que celle du dossier. Il est dans un monde de trahisons et d’adultères permanents. »
La procureur dit que les violences habituelles sont établies « et commises en état de récidive légale », et puis il y a eu « ce contrôle permanent » : « avalanche de SMS », « les vêtements », « le maquillage », « si elle a les cheveux propres c’est pour se faire draguer, forcément », et l’interdiction de porter des sandales ouvertes au bout, l’été, « depuis 4 ans ! ». C’est « ce à quoi elle est réduite ».

« Altération profonde, oui, mais à chaque fois il reste en lien avec la réalité »
« On a essayé beaucoup de choses en 2020, pour la sortir des griffes de monsieur, poursuit la procureur. Et madame voulait retourner vers lui. Les enfants disaient que si ça continuait comme ça, ils ne la verraient plus. »
Pour finir : « Altération profonde, oui, mais à chaque fois il reste en lien avec la réalité. A ce titre il est responsable. Sa dangerosité est certaine.
Pendant des années il a martyrisé, c’est le mot, sa conjointe. Il est dangereux pour autrui. » La procureur requiert la peine de 3 ans de prison avec maintien en détention puis 3 ans de suivi socio-judiciaire avec, entre autres, une injonction de soins.

« Vous tremblez beaucoup-beaucoup »
Il est 17h40, un membre de l’escorte sert un peu d’eau au prévenu. Il boit. « Comment vous vous sentez ? demande la présidente. – Pas très bien, mais je vous écoute. – Votre conseil peut plaider ? – Oui, allez-y. »
Maître Pépin va plaider au pas de charge. Le temps de rappeler qu’elle avait, au cours de la procédure, demandé qu’il reste en détention « parce qu’il était suivi à la Chartreuse », que la présidente observe en regardant le prévenu : « Vous tremblez beaucoup-beaucoup. »

La violence spécifique de ces audiences-là
Tout ça pour dire à quel point ces audiences où la question de la psychiatrie est centrale sont violentes, de fait. Nul ici n’est psychiatre, et puisque le prévenu ne voit pas son discernement aboli, donc il faut juger et cas échéant, condamner. Et tant pis si on n’y comprend rien, s’il est difficile, voire impossible, de placer le curseur de la responsabilité au bon endroit. Tant pis si on interroge sans relâche un homme sous camisole chimique et dont on sait qu’en effet « il ne vit pas dans la même réalité que celle du dossier ». C’est ainsi.

« En 2020, madame n’a pas fait un autre choix »
L’avocate reprend et tâche de recadrer un peu autrement le focus du ministère public. « Il ne dit pas que c’est de la faute de madame, il reconnaît les coups qu’il a portés et il reconnaît le contrôle des agissements de madame, mais il dit simplement : ‘Madame aussi était violente avec moi’ et madame a reconnu en audition quelques coups – de pied, de tête, de poing, de coude. Il dit juste ça.
En 2020, madame n’a pas fait un autre choix. »

Une situation grevée par une maladie psychiatrique et l’absence de soins
« Ces collègues disent avoir constaté des bleus sur les avant-bras. Monsieur dit : ‘C’est le chien.’ Les policiers lui ont fait des remontrances… alors que madame elle-même l’a reconnu ! C’est dans la procédure. Pour le reste, ce que disent les collègues de madame, ce sont les dires de madame.»

Maître Pépin s’exprime aussi prudemment que rapidement pour que le tribunal prenne bien en compte une situation grevée par une maladie psychiatrique et l’absence de soins, et que madame, toute victime qu’elle est, et elle l’est, nul ne le conteste, a tout de même sa part, forcément, dans cette relation (qui sans elle n’aurait pas existé, qu’on nous pardonne cette évidence).

« J’ai pas envie d’être fou »
A la fin de l’instruction, quand la présidente a rendu compte du contenu du rapport de l’expert psychiatre, le prévenu a ajouté : « C’est ce que je vous disais. L’expert m’a dit, et ça m’a fait réagir, que si je ne me soignais pas, j’irai vers l’abolition complète, et ça m’a fait très peur ! J’ai pas envie d’être fou. »

2 ans de prison avec maintien en détention puis 3 ans de SSJ
Le tribunal après en avoir délibéré, retient l’altération du discernement, dit le prévenu coupable de violences habituelles de 2022 à 2025 en récidive et le condamne à la peine de 2 ans de prison avec maintien en détention (en tenant compte de la nécessité d’un suivi en psychiatrie), puis à un SSJ (suivi socio-judiciaire) pendant 3 ans (2 ans de prison en cas de manquement au cadre) avec injonction de soins, obligation d’indemniser la partie civile et interdiction de tout contact avec elle ainsi que de paraître à son domicile et sur son lieu de travail, où qu’ils soient.
FSA



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