Des problèmes et pas qu'un peu... Alors pour être tombé pour un vol à Leclerc en juillet, il reste en prison.
En voilà encore un qui n'a pas bonne mine, mais vu son mode de vie, ça peut être le fruit des toxiques. Il est en détention provisoire depuis le 22 juillet pour pas mal de délits commis à Autun en juillet dernier. L'homme, né en 1984 à Autun, est jugé ce 6 novembre à l'audience des comparutions immédiates, devant un public de collégiens.
Un vol de voiture qui garde tout son mystère
L'affaire commence le 20 juillet, quand on retrouve une voiture calcinée à un autre endroit que celui où elle avait été garée par son propriétaire. Les enquêteurs examinent donc les images de la vidéosurveillance à l'endroit du stationnement initial. On y voit apparaître "un individu", vêtu comme ceci et comme cela. L'individu titube. On va donc interroger le commerce le plus proche qui vend de l'alcool. On l'y voit également. On l'identifie. Les enquêteurs consultent le fichier : il n'a plus son permis de conduire. Outre l'alcool, il sera positif à la cocaïne.
Des binouzes sur du Seresta : même l’aube reste noire
Dans le box, ce 6 novembre, le prévenu se tient debout et répond aux questions qu'on lui pose. Pour ces premiers faits : « J'avais bu, j'avais pris des cachets, alors j'ai un trou noir. » Quelques bières 8.6 par-dessus les cachets de Seresta, et même l’aube qui suit la nuit, est noire.
Le 21 juillet, il a été filmé au supermarché Leclerc, en train de voler. Pourquoi ? Il avait croisé dit-il « anciennes fréquentations » qui volent, si on a bien compris – ce n’était pas très clair - pour revendre l’électronique volé et acheter de la drogue et de l'alcool. Il y en avait pour environ 1000 euros.
Un « suivi » édifiant
C'est qu'il souffre d'addictions fortes, à l'alcool, aux stupéfiants, ce prévenu – comme tant d’autres ! Il va pourtant consulter, car il est en sursis probatoire avec une obligation de soins. Le rythme de ces consultations ? Ah c’est le point sensible : « une fois par mois, des fois, deux fois par mois ». On lui prescrit des médicaments. Bon.
Le jour des vols, l’une des anciennes fréquentations est arrêtée, les deux autres s’enfuient. Mais « un renseignement est donné aux gendarmes » : allez donc voir à tel endroit, ce que firent les gendarmes. Allez hop, tout le monde en garde à vue.
Le prévenu est sous curatelle renforcée
Le prévenu est sous curatelle renforcée, parce que, dit-il, « je gaspillais tout mon argent ». Il perçoit l’allocation pour adultes handicapés, ça ne fait pas beaucoup d’argent, en plus. Et ses addictions sont ruineuses ! Ça, ça coûte un pognon de dingue. Alcool, drogues, tabac aussi désormais. La ruine.
Il sous loue une dépendance du domicile de son frère, aux alentours d’Autun, depuis longtemps.
« Vous parlez d’une façon un peu décousue » versus « personnalité psychotique »
Le régime de protection juridique (la curatelle) dont il bénéficie, impose une expertise psychiatrique avant de juger. Que dit le médecin psychiatre ? « personnalité psychotique », « faits en lien avec sa pathologie : il vole parce qu’il a besoin d’argent ». L’expert conclut à l’altération du discernement.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce rapport est clair. C’est pourquoi l’intervention de la présidente surprend ! « Vous avez pris quelque chose aujourd’hui, monsieur ? – Non. – Vous parlez d’une façon un peu décousue… » L’explication est dans le rapport d’expertise dont la magistrate vient de lire l’essentiel.
Discours pédagogique sur la question de la responsabilité
Finalement, c’est la procureur qui tiendra le discours le plus adapté. Discours pédagogique sur la question de la responsabilité pénale. Elle récuse l’excuse que s’est trouvé le prévenu : les deux personnes l’ont entraîné dans des vols qui n’étaient pas prévus de son côté. L’effet de groupe ? Non. Pas devant un tribunal quand on est dit responsable de ses actes. « Tant qu’on pense que c’est de la faute des autres, on n’est pas sur la bonne voie. » Elle requiert une peine de 6 mois de prison ferme et la révocation de 4 mois de sursis, maintien en détention, et interdiction de contact avec les co-auteurs.
« C’est quelqu’un de gentil, de travailleur. Malheureusement il a plusieurs problèmes »
Maître Foveau se lève pour plaider. (Le prévenu est debout depuis le début de l’audience, personne ne se soucie de l’inviter à s’assoir alors qu’il le pourrait à ce moment-là.) L’avocate dit le connaître depuis des années et prend sa défense d’une façon plus personnelle que si elle ne l’avait vu que 5 minutes dans les geôles du palais avant l’audience comme il arrive souvent en comparution immédiate.
« Il ne se défausse pas, il a toujours tout reconnu. S’il dit qu’il ne sait pas, c’est qu’il ne sait pas. J’ai la conviction que c’est quelqu’un de bien. C’est quelqu’un de gentil, de travailleur. Malheureusement il a plusieurs problèmes. Il souffre d’avoir une personnalité psychotique comme écrit l’expert, et il doit composer avec ça. »
« Composer avec ça », oui
Alors ça, c’est très bien dit : il doit « composer avec ça » pour se débrouiller et affronter un monde dont les façons de faire les plus courantes lui posent des tas de difficultés. Du reste, en prison, on « l’embête », forcément ! Comme le malheureux jugé lundi, pour qui la prison est un enfer (son état ne peut que s’y dégrader, ndla) et que les juges ont « embêté » avec leurs questions jusqu’à le faire pleurer.
Les questions étaient « normales » pour un tribunal, mais harcelantes pour lui parce qu’il ne pouvait pas y répondre de façon adaptée à ce qu’on attend/exige des accusés (on dit « prévenu » en correctionnelle et « accusé » aux assises, mais bon, ça désigne dans les deux cas celui ou celle qu’on juge, ndla).
On ajoute qu’il doit aussi « composer » avec un « suivi » en addictologie de l’ordre d’une fois par mois, et « des fois, deux ».
Pour un aménagement de peine
Revenons à la plaidoirie : « C’est une bonne personne. Ce n’est pas intrinsèquement un délinquant qui commet des délits parce qu’il se fiche de la société et se fiche de la loi. » Quelle peine ? « En prison c’est très difficile pour lui. » Entendre par là : encore plus difficile que pour les autres.
Maître Foveau plaide pour un aménagement de peine : « On a un domicile, un frère et une mère qui s’occupent de lui, il pourrait avoir un bracelet. » Un bracelet pour être écroué à domicile, c’est une option qui concilie la sanction pénale** et la situation du prévenu, non comme « une faveur » mais comme une peine adaptée.
Ben oui ! Mais non :
Le tribunal le dit coupable et le condamne à la peine de 6 mois de prison ferme avec maintien en détention et révoque 3 mois du sursis probatoire prononcé en avril dernier, avec incarcération immédiate. Ça fait 9 mois ferme dont seront déduits les 3 mois et demi déjà effectués en détention provisoire.
Peine complémentaire : interdiction de tout contact avec les co-auteurs des vols au supermarché.
Les élèves du collège Pasteur (Saint-Rémy) ont été très intéressés par l’audience. L’un d’eux a le mot de la fin : « Il me fait de la peine. »
Florence Saint-Arroman
*
https://www.info-chalon.com/articles/2025/11/04/1...Et ça peut être devenir extrêmement violent, quand le juge qui préside est absolument sourd et figé dans une position qui mériterait, vraiment, d’être examinée :
https://www.creusot-infos.com/news/faits-divers/a...
**Comme la procureur l’a expliqué : il doit être sanctionné pour les délits qu’il a commis puisque même si son discernement est altéré il reste responsable devant les lois qui rendent possible la vie en société. Les deux autres sont ou seront punis eux aussi.