
Le Député de Saône-et-Loire veut plus d'équité.
Le député Lionel DUPARAY a interpellé la Ministre de la santé, des
familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en séance ce 13
janvier sur l’allocation journalière de présence parentale (AJPP), qui
vise à indemniser les parents contraints de réduire ou de cesser leur
activité professionnelle pour s’occuper de leur enfant gravement malade,
accidenté ou handicapé. Cette allocation est soumise au principe de
l’allocation unique comme de nombreuses prestations versées
exclusivement au parent « premier déclarant » sur le principe de
l’allocataire unique.
Cette situation est particulièrement
dommageable lorsque le couple séparé ne peut bénéficier d’une présence
partagée lorsqu’il est confronté à la maladie de leur enfant ou à son
handicap. La Ministre dans sa réponse a indiqué qu’aujourd’hui, seuls
les allocations familiales et, depuis décembre 2025, le complément de
libre choix du mode de garde (CMG) peuvent faire l’objet d’un partage
entre les parents.
Cependant, pour les autres prestations
familiales, les parents ont la possibilité de demander conjointement une
alternance de l’allocataire après une période minimale d’un an. Afin de
prendre en considération les évolutions de la société et la place
croissante des pères auprès des enfants, le ministère de la santé a
confirmé sa volonté d’avancer techniquement sur ce sujet, d’autant plus
qu’une disposition a été votée à l’Assemblée nationale en première
lecture en décembre 2024.
XVIIe législature
Session ordinaire de 2025-2026
Première séance du mardi 13 janvier 2026
Présidence de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback
vice-présidente
Allocation journalière de présence parentale
Mme la présidente
La parole est à M. Lionel Duparay, pour exposer sa question, no 485, relative à l’allocation journalière de présence parentale.
M. Lionel Duparay
Depuis
plusieurs années, la structure de la famille a beaucoup évolué : les
familles monoparentales, homoparentales ou recomposées sont de plus en
plus fréquentes. Le modèle du foyer unique – un père et une mère vivant
ensemble avec leurs enfants à charge exclusive –, n’est plus la norme.
Si certaines allocations peuvent être réparties par moitié à chacun des
parents – ainsi de l’allocation de rentrée scolaire (ARS) –, ceci ne
reflète pas la charge réelle, notamment dans le cas d’une garde
partagée.
Cette situation est particulièrement dommageable lorsque le
couple parental, lequel doit se substituer au couple conjugal, est
confronté à la maladie de l’enfant ou à son handicap. La présence des
deux parents est d’autant plus nécessaire dans cette épreuve, dans
l’intérêt supérieur de l’enfant.
Je reçois à ma permanence de
nombreux témoignages de parents en situation de détresse, car ils ne
peuvent, pour des raisons professionnelles, davantage s’investir. Alors
même qu’existent des allocations comme l’allocation d’éducation de
l’enfant handicapé (AEEH) ou l’allocation journalière de présence
parentale (AJPP), il reste compliqué de pouvoir se relayer au quotidien
auprès de l’enfant malade ou en situation de handicap.
L’AJPP, comme
d’autres, est exclusivement versée au parent « premier déclarant » ou «
en principal » sur le principe de l’allocataire unique, rompant le
principe même de l’égalité de traitement du soutien de l’État face à la
charge de la parentalité dans sa diversité. Sur ce sujet, les décisions
du Défenseur des droits sont très nombreuses. Il y souligne le caractère
discriminatoire de la règle de l’unicité de l’allocataire, ainsi que de
la rupture d’égalité entre parents non séparés et parents séparés, et
l’atteinte portée à l’intérêt de l’enfant. Dans son avis du 3 juillet
2019, le Défenseur des droits a proposé l’abandon général de la
condition d’allocataire unique.
Quand, afin de mieux prendre en
considération la diversité des situations – garde alternée ou partagée,
coparentalité ou monoparentalité –, le gouvernement remettra-t-il
complètement en cause la condition d’allocataire unique, et quand
réformera-t-il les règles d’octroi de ces prestations familiales, afin
qu’elles soient réparties en fonction de la charge réelle et de la durée
de résidence de l’enfant avec chacun des parents ?
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre du travail et des solidarités.
M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités
L’AJPP,
qui vise à indemniser les parents contraints de réduire ou de cesser
leur activité professionnelle pour s’occuper de leur enfant gravement
malade, accidenté ou handicapé, est, vous l’avez souligné, soumise au
principe de l’allocation unique. Pour rappel, l’AJPP doit permettre aux
parents concernés de parvenir à concilier davantage leur vie
professionnelle et personnelle ; objectif que nous partageons et qui est
aussi celui, dont vous nous faites part, des personnes que vous
rencontrez dans votre permanence.
En cas de séparation des parents,
les prestations familiales sont attribuées à la personne qui a la charge
permanente et effective de l’enfant. Si les séparations avec garde
alternée de l’enfant sont de plus en plus fréquentes, la garde exclusive
reste encore attribuée à la mère dans 72 % des cas. De ce fait, les
femmes sont majoritairement allocataires des prestations familiales en
cas de séparation.
Aujourd’hui, seuls les allocations familiales et,
depuis décembre 2025, le complément de libre choix du mode de garde
(CMG) peuvent faire l’objet d’un partage entre les parents. Cependant,
pour les autres prestations familiales, les parents ont la possibilité
de demander conjointement une alternance de l’allocataire après une
période minimale d’un an.
Cela étant, vous avez raison de souligner
qu’il faut aller plus loin, afin de prendre en considération les
évolutions de la société et la place croissante des pères auprès des
enfants. Ces évolutions appellent des travaux de long terme et une
vision transversale. Le ministère de la santé a confirmé sa volonté
d’avancer techniquement sur ce sujet, d’autant plus qu’une disposition
proche de celle que vous proposez a été votée à l’Assemblée nationale en
première lecture en décembre 2024. Comme vous le préconisez, monsieur
le député, le ministère de la santé est d’accord pour continuer
d’avancer sur ce chantier.
Mme la présidente
La parole est à M. Lionel Duparay.
M. Lionel Duparay
Je
vous remercie pour votre réponse et l’engagement du ministère de la
santé sur ce sujet. Dans de nombreuses familles, le père bénéficie
exclusivement de l’allocation, alors que la mère a la charge réelle des
enfants. Elle ne peut donc faire valoir ses droits. Le principe
d’allocataire unique est à double tranchant, il est donc nécessaire d’y
réfléchir précisément et rapidement, comme vous l’avez souligné.