
L'Evêque d'Autun s'exprime dans un courrier adressés à Marie Mercier, Paulette Matray et Fabien Genet.
Dans une lettre Mgr Rivière s'adresse aux sénateurs et aux sénatrices de Saône-et-Loire.
En effet, le projet de loi instituant un « droit à l’aide à mourir » va être examiné au Sénat du 20 au 26 janvier prochains.
Ce
texte, qui pourrait être adopté à la fin du mois de janvier, engage
profondément notre société sur la manière dont elle accompagne les
personnes les plus fragiles jusqu’au terme de leur vie.
Dans ce débat
sensible, Mgr Rivière souhaite rappeler l’importance du respect
inconditionnel de toute vie humaine et en soulignant le rôle essentiel
des soins palliatifs, seuls capables de soulager la souffrance tout en
accompagnant la personne jusqu’au bout.
La lettre de Monseigneur Benoît Rivière :Madame, Monsieur,
Dans
quelques jours, le Parlement sera appelé à se prononcer sur le projet
de loi visant d'une part à renforcer les soins palliatifs et
l'accompagnement des malades, d'autre part l'assistance médicale à
mourir.
Avec des soignants et des citoyens de tout bord politique, je
veux vous dire combien je suis sensible aux efforts actuellement menés
par des parlementaires et des sénateurs pour examiner soigneusement les
enjeux d'une telle loi à venir.
Il m'apparaît clairement que personne
n'a envie de mourir sans être accompagné et aussi soulagé de ses
douleurs et de ses souffrances. Développer l'accompagnement des malades
dans les soins palliatifs est une demande largement entendue, et qui
doit être honorée concrètement en veillant à ce que la loi en ce domaine
soit effectivement appliquée, grâce à des efforts de formation et de
création de centres dédiés à l'accompagnement et aux soins palliatifs.
C'est une question de courage politique.
Concernant l'assistance
médicale à mourir, même encadrée strictement et limitée à des situations
exceptionnelles, le projet de loi s'il était voté avaliserait un
nouveau « droit » qui m'apparaît contraire au fondement de notre
société, celui de l'entretien du lien fraternel qui nous unit ensemble
pour tenir bon dans l'existence, tel qu'Hippocrate le formulait déjà il y
a 2400 ans: « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne
prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la
mort délibérément. »
J'entends bien que, dans ces situations
exceptionnelles, chacun sera libre ou non de demander l'aide au suicide
ou la permission de donner la mort à lui-même. Est-on certain qu'il
s'agit d'une liberté quand la personne est comme contrainte par sa
situation à n'envisager que la mort ? L'expression « je veux mourir » ne
signifie pas dans la très grande majorité des cas « je veux qu'on me
donne la mort », mais plutôt « je ne veux pas souffrir ». Cette
expression est un appel aux soignants afin qu'ils soignent le mieux
possible pour que la douleur soit apaisée, quitte à choisir la sédation
profonde et continue maintenue jusqu'au décès. Cette sédation ne
consiste pas à arrêter une existence mais à faire cesser une conscience;
elle ne vise pas à donner la murt mais à apaiser toute douleur en
laissant la maladie progresser jusqu'à ce que la mort vienne.
La
pratique des soins palliatifs est destinée, en se répandant sur tout le
territoire, à promouvoir une culture palliative qui est portée par un
humanisme de bienveillance, de bientraitance, d'accompagnement et de non
abandon. Cet humanisme qui nourrit la qualité de soin sera mis à mal
par la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté. Choisir
d'accompagner jusqu'au bout ne peut s'harmoniser avec le choix de donner
la mort. Cet acte-là n'est pas compatible avec une philosophie du soin.
Comment une équipe soignante restera-t-elle unie dans son prendre de
soin des patients si elle est prise dans une alternative insoluble:
accompagner jusqu'au bout ou donner la mort ? Alors que l'hôpital
traverse une grande crise, il est dangereux d'y ajouter une rupture
anthropologique qui mettra à mal les équipes soignantes.
Et faut-il
absolument vouloir encadrer toute situation dans une loi ? Nous savons
une chose en ce domaine si délicat et si intime de la fin de vie, c'est
que du regard porté sur nous dépendra pour une bonne part la paix et la
liberté de notre dernier souffle.
Je souhaite en ce sens que notre
pays se singularise par une loi développant l'accompagnement jusqu'à la
fin de vie sans jamais encourager les gestes euthanasistes ou
suicidaires.
En vous remerciant de votre écoute, je vous assure de mes sentiments fraternels.
+ Benoît RIVIERE