
Suite à la marche blanche organisée en hommage à Sylvie Godart, victime de féminicide, la question de la Sénatrice PS de Saône-et-Loire a encore plus de sens...
Question n° 08770 adressée à Mme la ministre déléguée auprès du Premier
ministre, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la
lutte contre les discriminations
Texte de la question : Mme Paulette Matray
attire l'attention de Mme la ministre déléguée auprès du Premier
ministre, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la
lutte contre les discriminations sur les moyens consacrés à la lutte
contre les violences intrafamiliales et les féminicides dans les
territoires ruraux. La Saône-et-Loire a récemment été marquée par
plusieurs drames ayant profondément bouleversé les habitants. À
Chauffailles, le 12 mai 2025, Mme Anzhela Bezkrevna, 55 ans, a été
assassinée par son ex- conjoint alors qu'elle quittait son domicile pour
se rendre à son travail. Celui-ci faisait déjà l'objet d'une procédure
pour violences conjugales.
Plus récemment, à Pierre-de-Bresse, le
1er mai 2026, une femme de 64 ans a été tuée par arme à feu par son
ancien compagnon avant que ce dernier ne se suicide. Ces tragédies
rappellent que les violences faites aux femmes touchent aussi les
petites communes rurales, où l'isolement géographique, l'éloignement des
services publics, les difficultés de mobilité et la faiblesse du
maillage associatif compliquent souvent la protection des victimes et
leur accompagnement.
Elle souhaite saluer l'engagement quotidien des
forces de gendarmerie, des élus locaux, des travailleurs sociaux, des
associations et des personnels de l'éducation nationale, qui jouent un
rôle essentiel de prévention, de repérage et d'orientation, notamment
lorsque des enfants sont exposés à ces violences. Elle souligne
également le rôle central des intervenants sociaux en gendarmerie, dont
l'action permet d'assurer un accompagnement indispensable des victimes
et une meilleure coordination entre les différents acteurs.
Or, dans
le secteur de la Bresse bourguignonne, une seule intervenante sociale
couvre actuellement 86 communes, illustrant les fortes tensions qui
pèsent sur ces dispositifs. Par ailleurs, plusieurs acteurs locaux
alertent sur le fonctionnement dégradé du réseau violences
intrafamiliales (VIF) dans certains secteurs ruraux. Le départ de
coordinatrices ou coordinateurs fragilise en effet l'animation du
réseau, la circulation de l'information et la coopération entre
partenaires institutionnels, judiciaires, sociaux et associatifs.
Cette
situation peut entraîner des ruptures dans le suivi des victimes et une
moindre réactivité face aux signalements. Elle attire aussi l'attention
du Gouvernement sur la nécessité de renforcer la formation de
l'ensemble des acteurs de proximité confrontés aux violences
intrafamiliales. Dans les territoires ruraux, les premiers
interlocuteurs des victimes peuvent être des agents d'accueil,
secrétaires de mairie, personnels administratifs, gendarmes adjoints
volontaires, élus locaux ou personnels de l'éducation nationale.
Tous
doivent pouvoir identifier les situations de danger, orienter les
victimes et assurer une prise en charge adaptée. Enfin, le numéro
national 3919 demeure un outil essentiel d'écoute et d'orientation pour
les femmes victimes de violences.
Pourtant, sa visibilité reste
insuffisante dans certaines zones rurales, notamment auprès des publics
les plus isolés. En conséquence, elle lui demande quelles mesures le
Gouvernement entend mettre en oeuvre afin de renforcer les moyens
humains consacrés à la lutte contre les violences intrafamiliales dans
les territoires ruraux, d'augmenter le nombre d'intervenants sociaux en
gendarmerie, d'assurer la continuité et la coordination des réseaux
locaux de lutte contre les violences intrafamiliales, de développer la
formation des acteurs de proximité, notamment au sein de l'éducation
nationale, et d'améliorer la diffusion du 3919 afin de prévenir de
nouveaux féminicides.
(Photo Manon BOLLERY)