
Le délégué départemental, en Saône-et-Loire, d’Unité Police, en fonction au commissariat du Creusot, s’exprime dans un communiqué.
«Je réalise ce communiqué de presse, afin d’informer sur le grand malaise des policiers, travaillant dans la filière investigation du département du 71.
Ils se sentent profondément trahis par nos ministres qui, au lieu de chercher des vraies solutions, accusent les services de police du retard accumulé depuis des années dans les dossiers de viols et agressions sexuelles à l’encontre des mineurs.
Le moral des effectifs de police du département 71 affectés en filière investigation est au plus bas, ils ressentent une grande lassitude et leur incompréhension est grandissante .
Malgré l’engagement des policiers sur la voie publique et dans les services judiciaires, la criminalité augmente sans cesse et les effectifs d’investigation diminuent.
Nous assistons à un désintérêt total des policiers pour la filière investigation . Les raisons de ce désintérêt sont les suivantes :
- En dépit de l’investissement toujours important des effectifs à assister, servir et protéger les concitoyens, la situation se dégrade.
L’augmentation chronique des dossiers en retard joue réellement sur le moral des enquêteurs, ils vivent 24 heures sur 24 avec leurs dossiers , se réveillent la nuit en pensant au dossier qu’ils ont en retard et vivent très mal le fait de ne pas avoir de solution pour les plaignants et les victimes.
Cela a un effet direct sur leur moral, provoquant chez eux un grand mal-être et de la fatigue.
Dans le département 71, il y a un réel manque de moyens humains , ce département est en dessous de la moyenne nationale sur la quantité d’officiers de police judiciaire recrutés en investigation.
Nous avons aussi une forme de défaillance au niveau matériel, le logiciel de rédaction de procédures est défaillant, continuellement en panne et trop chronophage pour la réalisation des actes de procédure.
Si l’on examine de plus près la thématique des viols et agressions sexuelles sur mineurs qui sont des faits très graves, le portefeuille de procédures des policiers en charge de cette thématique est en constante augmentation.
Cela a un réel impact psychologique sur les effectifs , ces dossiers étant des dossiers particulièrement difficiles à vivre psychologiquement, et le fait de ne pas pouvoir les traiter de façon optimale, les effectifs se plaignent, indiquant qu’ils transposent la situation à leur propre famille, se disant que ça pourrait être leurs propres enfants.
J’en veux pour exemple la situation du commissariat de police de Chalon-sur- Saône, en charge d’environ 120 dossiers de viols et agressions sexuelles sur mineurs en procédures intra familiales dont environ la moitié sont des viols, qui est la plus grosse Circonscription. Les trois autres circonscriptions du département ont également un retard important et de nombreux dossiers a traiter sur cette thématique.
Depuis longtemps prévenues, de nombreux mois, et même plusieurs années, les autres autorités sont restées sans réponse. Des réunions avec le Directeur Départemental de la Police Nationale ont eu lieu en début d’année ainsi que l’année dernière , des distributions nationales de tracts informant le public ont même été réalisées.
Malgré les informations répétées, rien n’a été fait ; il a fallu qu’il arrive un nouvel horrible drame pour que le gouvernement accuse la police et la justice de ce retard au lieu de rechercher des solutions.
Actuellement et dans l’urgence il est demandé aux effectifs de police d’absorber en très peu de temps, un retard pris depuis des années dans le traitement des infractions de viols et agressions sexuelles sur mineurs, de front avec leur charge de travail habituelle.
Je vous précise qu’il est demandé de ne traiter plus que ça avec comme d’habitude, des exceptions !!! Sauf les priorités nationales comme les affaires de stupéfiants , de violences intra-familiales et bien sûr les procédures en flagrant délit.
Cette demande demeure impossible pour diverses raisons.
Les procédures de viols et agressions sexuelles sur mineurs demandent une technicité dont tous les effectifs affectés en investigation ne sont pas dotés.
Par exemple, l’audition d’un mineur victime doit se faire selon une procédure bien précise afin de ne pas fragiliser les dossiers et de pouvoir permettre un traitement optimal de la procédure et des sanctions qui en découlent.
D’autres facteurs sont aussi très négatifs pour le traitement de ces dossiers, c’est-à- dire que l’on manque cruellement d’experts que ce soit experts psychiatres, médecins légistes et même l’envoi des divers prélèvements pour analyses prend beaucoup de temps par manque de personnel.
Bien sûr tout le monde, et encore plus les enquêteurs, sont conscients que les viols et agressions sexuelles sur mineurs sont des faits très graves, des crimes qui sont traités en cours d’assise avec de lourdes peines .
De ce fait, il n’est pas tolérable de bâcler le travail, on se doit bien sûr d’absorber rapidement le retard, mais surtout de rendre un travail de qualité permettant aux mis en cause d’être jugés et condamnés. On se doit de rendre justice aux victimes, et c’est pour cela que tous les enquêteurs ont un réel engagement.
Nous sollicitons des pouvoirs politiques des solutions réalistes et en profondeur à savoir rendre à nouveau la filière judiciaire attractive, notamment en valorisant le travail des enquêteurs et en valorisant les astreintes qui sont réalisées.
Afin d’ obtenir un travail de qualité, de revoir les horaires afin d’optimiser le travail et le repos des effectifs travaillant en investigation qui sont depuis trop longtemps en grande difficulté .
De ce fait, recruter rapidement des effectifs et les former rapidement aux procédures de viols et agressions sexuelles sur mineurs est vital pour la résorption du retard dans de bonnes conditions .
Trouver des solutions pour donner des moyens matériels aux enquêteurs en rendant le logiciel de rédaction de procédure efficient, car actuellement il est défaillant et très chronophage.
De même pour réduire le traitement de ce genre de procédures, trouver des experts judiciaires : Medecins Legistes, experts psychiatres . Augmenter le personnel chargé d’effectuer les analyses utiles car le délai d’analyse est beaucoup trop long.
En conclusion, plutôt que d’accuser les effectifs de police qui sont très engagés dans la lutte contre la délinquance, particulièrement sur les viols et agressions sexuelles sur mineurs, il devient vital de trouver des vraies solutions afin de réduire le temps de traitement des dossiers et d’absorber le retard accumulé.
Stéphane Gayte,
Délégué départemental adjoint, UN1TE
Stéphane Gayte est au rang des personnels formés pour traiter les
affaires de viols, mais les Policiers ne sont pas assez nombreux à
l'être
Stéphane Gayte, reçoit la médaille de la Sécurité des mains du Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, en août 2023 (Photo d’archive Alain BOLLERY)