
Complet à 100% pour ses 19 représentations, la très belle création théâtrale qui part de Syrie pour se terminer à Autun avec des syriens poussés à l’exil, a séduit le public en Avignon. Mais pouvait-il en être autrement ?

Retour avec notre reportage à Avignon, sur une création qui sera présentée à Autun et à L’arc au Creusot.
Parfois il n’y a pas besoin de paroles, pas besoin de mots. C’est toute la force de «L’ailleurs», cette création dont Thibault Mouginot peut être légitimement très fier.
Car ce «travailleur» de l’OPAC de Saône-et-Loire, à Autun, a de la suite dans les idées. Et pas qu’un peu…
Il y a d’abord eu une BD qui a légitimement donné naissance à L’ailleurs, la traduction de cette tranche de vie tourmentée de Syriens que le hasard de la vie, ou plutôt les conséquences de la guerre et des armes, vont amener à Autun.
«L’ailleurs», porté par la Compagnie Arc en scène a fait un triomphe à Avignon, au théâtre de l’Atelier 44, dans le «off» ! Entendez le Festival Off et ses 1700 compagnies – et autant de créations – qui jouent des coudes pour se faire un nom, décrocher un petit article dans la presse, séduire des programmateurs, des producteurs aussi, pour ensuite exister et vivre.
Car le chemin est long. Très long. La vie normale d’une création présentée en Avignon et qui séduit des directeurs de théâtres et autres structures culturelles, c’est d’espérer une programmation non pas pour la saison qui arrive, mais pour celle qui suivra.
Ainsi, à quelques rares exceptions, ce n’est qu’au cours de la saison 2026-2027 que seront jouées, en public, les créations théâtrales qui ont tapé dans l’œil, sur les bords du Rhône… Mais oui : Plus de 18 mois d’attente pour certaines représentations.
Heureusement que L’ailleurs a déjà franchi quelques obstacles… Après une première présentation dans la cité des Papes en 2024, on retrouvera ainsi la création – à nouveau – à Autun son lieu de naissance, mais aussi à L’arc au Creusot en janvier.
Sans tout dévoiler de L’ailleurs, il faut reprendre ou se souvenir de quelques paroles de «Manhattan – Kaboul» de Renaud…
S’imaginer «Mon ciel si bleu est devenu orage, lorsque les bombes ont rasé mon village». Car en transfigurant les choses, c’est un peu comme cela que débute L’ailleurs !
Sur scène, en Avignon, une dizaine de comédiens vivent une vie paisible, heureuse. Et puis soudain, les oreilles se tendent, les regards deviennent interrogatifs, les visages s’assombrissent, la peur surgit. L’enfer se profile.
La suite ressemble – un peu – à ce qu’un certain nombre de nos concitoyens ont vécu pendant la seconde guerre mondiale, en voulant rejoindre la zone libre. En voulant fuir la guerre et les bombes.
De la puissance sur scène
Mais la route des Syriens c’est la mer ! Pas besoin de vous faire un dessin. Vous avez tous vu à la télé les drames que les exils ont engendrés.
Avec puissance, L’ailleurs montre et décrit tout cela. Parfois seuls les regards et les expressions suffisent à comprendre. Comprendre les choix douloureux. Comprendre que l’on abandonne pas sa terre de naissance, celle de ses racines, par gaité de cœur.
C’est tout cela que l’on vit, que l’on touche, que l’on appréhende ; tout cela qui vous remue le ventre ou le cœur, dans la restitution que l’Ailleurs fait de ces déracinements.
La représentation théâtrale se termine avec des images d’Autun. Un peu brutalement. Car on aimerait en savoir plus sur la suite.
«Le projet part du social», aime à rappeler Thibault Mouginot. Il rappelle qu’il a fallu se faire un nom. Pas facile quand il y a 1700 compagnies qui se succèdent dans 150 salles.
Au Festival off d’Avignon, L’ailleurs c’était 11 comédiens sur scène. Des professionnels et des amateurs. A Autun, ce sera 25. «On peut monter jusqu’à 30», avance Thibault Mouginot.
Déjà de belles reconnaissances
Le 2 octobre, à Autun - la ville a aidé la compagnie à hauteur de 4000 euros -, il y aura deux représentations pour les scolaires, avant celle pour le public. Au Creusot, en janvier, ce sera dans le grand théâtre de L’arc.
Beaucoup de dates vont s’ajouter d’ici juin 2027, car L’ailleurs a énormément séduit en Avignon. Avec déjà un contrat ferme pour le Festival de Grigny.
De quoi rentabiliser les investissements consentis pour les 19 représentations en Avignon. Un budget d’environ 15.000 euros, dont un tiers pour l’hébergement. La recette totale a avoisiné les 10.000 euros. Ce qui est énorme.
Comme L’ailleurs avait gagné le trophée de l’insertion sociale, doté de 5000 euros, ce n’est pas la galère. Mais toutes les compagnies le savent : «Ce n’est pas au Festival d’Avignon que l’on met de l’argent de côté. Non on investit», relève Thibault Mouginot. Il pense que L’ailleurs sera présenté à Chalon sur Saône - «c’est en bonne voie» -. Il souligne aussi : «On a été mis en-avant par la Ligue des Droits de l’Homme, et ça devrait nous ouvrir des portes».
Les confirmations et les contrats restent à venir. Mais l’optimisme est de mise du côté d’Arc en scène.
Alain BOLLERY
(Photos Alain BOLLERY)































































