
Vingt ans après la disparition de son copilote, sapeur-pompier
volontaire, Jean-Louis Humbert ouvrira le Rallye d’Autun au volant de
son Alpine A310 V6 VHC. Plus qu’une passion automobile, sa présence est
avant tout un hommage à la mémoire de François Gillet et à l’engagement
de tous les sapeurs-pompiers de France.

Cette année, vous serez la voiture ouvreuse du Rallye d’Autun. Que représente cette invitation pour vous, vingt ans après le drame qui a marqué votre vie ?
L’invitation du président de l’ASA Autun, Raphaël Diard, me touche énormément. Il y a vingt ans, le 15 août 2006, mon ami et copilote, François Gillet, sapeur-pompier volontaire à la caserne de Puget-Ville, perdait la vie au retour d’un combat contre le feu, près de Ramatuelle, dans le Var.
Mes pensées vont aussi vers ses collègues disparus et vers toutes les familles qui ont perdu un mari, un papa, un proche dans l’exercice de cette mission si difficile. Vingt ans plus tard, à travers ce rallye, je souhaite que l’on se souvienne, car ce que ces hommes ont donné ne peut pas mourir.
Vous rendez hommage à votre copilote disparu en service. Pouvez-vous nous parler de lui et expliquer pourquoi ce rallye est important pour honorer sa mémoire et celle de tous les sapeurs-pompiers ?
François Gillet, de Talant (Côte-d’Or), était pompier volontaire. Chaque année, il donnait de son temps pendant plusieurs mois pour renforcer la caserne de Puget-Ville. Il était aussi passionné de rallye et amoureux de cette Alpine, qui est restée dans son état d’origine depuis l’accident.
Le partage du baquet de droite était souvent fait de rires, de convivialité et d’amitié. Je pense énormément à son épouse et à ses deux enfants, privés d’un homme et d’un papa dans l’exercice de son dévouement.
Cet hommage est pour Kiki, mais aussi pour tous les pompiers professionnels et volontaires qui donnent tant pour les autres.
Vous reprendrez le volant de votre Alpine A310 V6, une voiture chargée de souvenirs puisqu’elle était déjà présente au Rallye du Var il y a vingt ans. Quel lien entretenez-vous avec cette voiture et quelles émotions ressentez-vous en la retrouvant aujourd’hui ?
En 2006, à la demande des pompiers du Var, cette voiture avait participé au Rallye du Var en catégorie VHC. Je me souviens encore de la difficulté morale de cette épreuve : à chaque départ, les pompiers étaient présents en uniforme, avec les camions, les sirènes hurlantes et les gyrophares.
À l’arrivée, sur le podium de Sainte-Maxime, le directeur de course avait demandé une minute de silence. Imaginer le centre-ville rempli de monde et, soudain, un silence total en hommage à ces héros… c’était bouleversant.
Après cela, j’ai craqué et je me suis séparé de la voiture. Elle est partie chez un passionné dans le Morbihan, qui l’a conservée intacte pendant 17 ans. Avec le temps, le regret est devenu trop fort. J’ai décidé de la racheter et je me suis promis de reprendre les rallyes, en ouvreur ou autrement, uniquement pour faire vivre la mémoire des pompiers de France.
Le souvenir de Kiki est gravé dans cette voiture. Aujourd’hui, j’ai même la chance d’avoir retrouvé à mes côtés un copilote lui aussi sapeur-pompier volontaire, ce qui est pour moi une grande fierté.
Après toutes ces années, qu’est-ce qui vous pousse à continuer à vivre votre passion du rallye et quel message souhaitez-vous transmettre à travers cet hommage ?
Le rallye fait partie de ma vie depuis trente ans, presque toujours sur Alpine. C’est dans mes gènes. C’est aussi une forme de sas de décompression : quand on est casqué, attaché, concentré sur la route, on retrouve un plaisir unique, celui de piloter une ancienne voiture entouré de copains concurrents. Le rallye, c’est aussi une grande famille.
Être voiture ouvreuse, ce n’est pas seulement conduire. C’est une responsabilité vis-à-vis de la direction de course et des spectateurs. Notre rôle est de transmettre un message de sécurité, de signaler tout problème sur le parcours et de rappeler au public de rester dans les zones autorisées.
Le rallye est ouvert gratuitement aux spectateurs, mais il faut respecter les consignes, écouter les commissaires et faire preuve de prudence. Cette année, avec le risque incendie, cela est encore plus important.
Vingt ans après la disparition de votre copilote, les incendies continuent malheureusement de faire des victimes parmi les soldats du feu. Quel message aimeriez-vous adresser au grand public ?
Tous les pompiers de France sont actuellement mobilisés sur de nombreux incendies. Ils combattent jour et nuit, souvent au péril de leur vie, pour des feux qui peuvent être volontaires ou accidentels.
Il faut penser à la difficulté d’accès aux zones sinistrées, à la chaleur, à leur santé, à leur vie de famille. Ils mettent tout cela de côté pour nous protéger. Que ferions-nous sans eux ?
J’appelle chacun à être extrêmement vigilant : pas de cigarette jetée, pas de barbecue sauvage, respect des consignes de sécurité. Derrière chaque départ de feu, il y a des femmes et des hommes qui risquent leur vie.
Je veux leur dire simplement :
« Merci à vous qui courez vers le danger quand tout le monde fuit, incarnant chaque jour votre devise : Courage et Dévouement. »
Enfin, quel message aimeriez-vous adresser aux spectateurs du Rallye d’Autun ainsi qu’à tous ceux qui découvriront votre histoire ?
Je voudrais que chacun garde une pensée pour nos héros du quotidien, professionnels et volontaires. Leur engagement sans faille force le respect de tous.
C’est d’ailleurs le message qui est gravé sur mon Alpine :
« À nos héros du quotidien, professionnels et volontaires, merci d’être ce rempart indispensable qui protège nos vies, nos foyers et notre nature. Votre engagement sans faille force le respect de tous. »
Si, à travers cette présence au Rallye d’Autun, une seule personne prend conscience de ce que représentent réellement les sapeurs-pompiers, alors cet hommage aura pleinement eu son sens.
Propos recueillis par Barbara FOLDYNA
Photos de Jean-Louis HUMBERT



