CommuniquéAu fil de ses rencontres avec les entrepreneurs, commerçants, artisans et acteurs économiques d'Autun, Véronique Pacaut a forgé une conviction : l'attractivité d'un territoire ne se résume pas au tourisme.
Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que j’ai fait ce constat depuis 2020, en travaillant au niveau communautaire sur une stratégie touristique pour le territoire. VIce-Présidente en charge de la stratégie touristique, je vous confirme que la taxe de séjour, payée par les visiteurs, plus que doublé depuis 2020 avec un montant de 248 504 euros (derniers chiffres actualisés).
L’attractivité d’un territoire se construit à la fois sur la capacité à accueillir des entreprises, à installer des professionnels de santé, et à donner envie à des familles de choisir Autun pour y vivre. Ces réflexions, nées du terrain, forment le socle économique du programme « Cap Sûr Autun ».
Ce que mes rencontres avec les entrepreneurs autunois m'ont appris, c'est que les problèmes d'Autun se tiennent. Quand un chef d’entreprise ne parvient pas à recruter parce qu'il ne peut pas répondre à la question « qu'est-ce que ma famille va faire ici ? », quand un hôtelier voit des touristes repartir après une seule nuit faute d'une offre digne de les retenir, quand un médecin renonce à s'installer parce que le cadre de vie ne lui semble pas suffisamment attractif pour sa famille — ce sont les mêmes causes qui sont à l'œuvre. Et ce sont donc les mêmes réponses qui s'imposent. Attirer des touristes, des entreprises, des soignants et des familles n'est pas l'affaire de quatre politiques distinctes : c'est l'affaire d'une seule ambition, déclinée dans mon projet pour Autun en actions concrètes et cohérentes.
I. Le diagnostic : pourquoi Autun perd de l'attractivité malgré ses atouts
1.1 — Une spirale de déclin classique des villes moyennes
Autun présente le profil économique et démographique d'un grand nombre de villes moyennes françaises frappées par la désindustrialisation : perte de population active, vieillissement accéléré, départ des commerces de centre-ville, difficultés croissantes d'accès aux soins. Ce n'est pas une singularité autunoise — c'est un mécanisme documenté par les économistes régionaux et les rapports successifs de la Banque des Territoires.
Ce mécanisme fonctionne comme une spirale : moins de services attire moins d'habitants actifs, ce qui affaiblit la base fiscale, ce qui réduit la capacité d'investissement public, ce qui dégrade davantage les services. Autun n'est pas condamné à cette trajectoire, mais il faut nommer le phénomène pour le combattre intelligemment.
« Quand je veux recruter un ingénieur de Lyon, la première question qu'il me pose, c'est : qu'est-ce que ma femme va faire ici ? Mes enfants auront quoi comme activités ? Et là, je suis coincé. Si la ville mettait en avant ses remparts, ses événements, un plan d'eau aménagé, un centre-ville vivant, j'aurais des arguments. »— Un dirigeant de PME d'Autun
Ce témoignage illustre avec précision un phénomène que les économistes nomment « l'effet de réputation territoriale » : la décision d'installation d'un ménage ou d'une entreprise n'est jamais purement rationnelle ou économique. Elle est guidée par une perception globale du lieu — sa vitalité, sa sécurité, ses services, son offre culturelle et naturelle, et l'image qu'il projette vers l'extérieur.
1.2 — Le tourisme, révélateur de l'attractivité globale
La fréquentation touristique d'une ville n'est pas qu'une source de revenus directs pour les hôteliers, restaurateurs et autres acteurs du tourisme. Elle est un indicateur avancé de l'attractivité globale du territoire. Une ville qui sait attirer et retenir des visiteurs démontre qu'elle dispose d'une offre de services, d'un patrimoine valorisé, d'une vie culturelle, d'espaces publics de qualité — autant d'éléments qui conditionnent aussi l'installation de nouveaux résidents et d'entreprises.
Or Autun présente précisément le paradoxe d'un capital patrimonial de premier ordre — remparts gallo-romains de plus de six kilomètres, cathédrale Saint-Lazare, musées, position géographique au carrefour du Morvan et de la Bourgogne du Sud — et d'une capacité d'accueil et de rétention des visiteurs encore insuffisante.
« Ils ont fait deux heures de route pour voir nos remparts. Mais après ? Il n'y a pas d'hôtel digne de ce nom pour les retenir. Rien qui donne envie de passer trois nuits plutôt qu'une. Autun, c'est une ville qu'on traverse. Pas encore une ville où l'on séjourne. »— Hôtelier d'Autun
La durée moyenne de séjour est le ratio économique clé en matière touristique. Un visiteur qui passe une nuit génère en moyenne trois à quatre fois moins de retombées économiques locales (restauration, commerces, activités) qu'un visiteur qui en passe trois. Allonger la durée de séjour est donc plus rentable économiquement que d'augmenter le nombre de visiteurs.
II. Les quatre piliers de l'attractivité autunoise : une approche systémique
2.1 — Attractivité touristique : construire une destination, pas une étape
La première priorité est de transformer Autun en destination à part entière en structurant une offre cohérente, visible et différenciante.
Le programme prévoit une bannière commune pour l'hôtellerie et la restauration — « Bien manger et bien dormir à Autun » — destinée à fédérer les acteurs locaux autour d'une identité lisible depuis l'extérieur, tant pour les touristes que pour les professionnels en déplacement dans le bassin économique.
« J'ai besoin que la mairie joue collectif avec nous. Qu'il y ait une image de marque. Si les commerces et les hôtels parlent d'une même voix, vous avez raison, vous nous l’avez expliqué : on devient une destination. Aujourd'hui on est une étape. Il y a une vraie différence. »— Restaurant, Autun
Sur le plan patrimonial, trois chantiers structurants :
▸ Le Plan Remparts : six kilomètres d'enceinte gallo-romaine parmi les mieux conservées de France, actuellement sous-signalés et partiellement à l'abandon. Travaux d'urgence en lien avec les Monuments Historiques, création d'un parcours de découverte complet, implication des écoles dans la transmission du patrimoine. Le potentiel de ce site pour positionner Autun dans les circuits touristiques régionaux et nationaux est considérable.
▸ Le musée Panoptique : état des lieux honnête avant tout engagement financier, avec un calendrier de travaux et de fonctionnement économiquement supportable. Un musée vivant et bien géré est un générateur de flux régulier et de notoriété. Un équipement surendetté est l’inverse. Un référendum pour que le choix de la dimension donnée au projet soit effectué par les habitants.
▸ Le plan d'eau du Vallon : restauration écologique par des méthodes durables, avec un objectif de baignade et d'activités nautiques d'ici 2030. Un équipement naturel accessible, qui crée de la valeur résidentielle et touristique simultanément.
À cela s'ajoute un festival annuel, une saison culturelle évaluée par ses publics, et une mise en lumière du patrimoine — autant d'éléments qui construisent dans le temps une réputation de ville vivante, créative, qui attire.
2.2 — Attractivité médicale : la condition première de l'installation résidentielle
C'est peut-être le levier le plus urgent et le moins traité avec la profondeur qu'il mérite. L'accès aux soins est aujourd'hui le premier critère d'installation des ménages — en particulier des familles avec enfants et des personnes âgées. Un territoire en désert médical ne peut pas attirer de nouveaux habitants, quelles que soient ses qualités patrimoniales ou environnementales.
Autun se trouve dans une situation fragile : les départs en retraite de médecins généralistes ne sont pas compensés par des installations nouvelles, la démographie médicale régionale est sous tension, et les candidats à l'installation sont en position de force pour choisir leur territoire.
La réponse ne peut pas être uniquement incitative — les primes d'installation ont montré leurs limites dans d'autres territoires. Elle doit être globale : c'est l'ensemble du cadre de vie qui convainc un professionnel de santé de s'installer, pas seulement un avantage financier ponctuel.
« Attirer un médecin à Autun, ce n'est pas lui promettre un loyer moins cher. C'est lui montrer une ville où sa famille aura envie de vivre — des écoles, des commerces, des activités culturelles et sportives, une nature accessible, une vie sociale. C'est exactement pour ça que l'attractivité touristique et l'attractivité médicale sont liées. »
Le programme prévoit :
▸ Un accompagnement administratif complet à l'installation des professionnels de santé (démarches, logement, scolarité, associations pour les familles).
▸ La préservation de l'hôpital de proximité et des pôles santé existants — socle irremplaçable de l'offre de soins territoriale.
▸ Un Guichet Unique Santé en mairie, point d'entrée pour tous les usagers dans leurs démarches médicales et sociales.
▸ Un dispositif de Transport Santé pour les personnes à mobilité réduite et les seniors, afin que l'éloignement physique ne devienne pas une barrière d'accès aux soins.
▸ Un référent Handicap et Aidants, interlocuteur unique pour les familles et les associations — parce que la politique du handicap conditionne aussi l'attractivité résidentielle pour les familles concernées.
▸ Un travail coordonné avec le Grand Autunois Morvan pour une stratégie santé cohérente à l'échelle du territoire, seule échelle pertinente face aux enjeux de démographie médicale.
▸ Une communication des services de médecine auprès des habitants.
▸ L’utilisation du dispositif de l’internant de périphérie.
▸ L’incitation auprès de l’ARS, du bénéfice du dispositif médecin junior pour la médecine libérale d’Autun.
L'attractivité médicale et l'attractivité touristique convergent sur un point fondamental : toutes deux dépendent de la qualité perçue et réelle du cadre de vie. Investir dans l'une renforce l'autre.
2.3 — Attractivité résidentielle : recréer le désir d'habiter Autun
L'attractivité résidentielle est la résultante de tous les autres facteurs : un territoire médicalement couvert, culturellement vivant, économiquement dynamique, bien desservi, sécurisé et esthétiquement soigné attire naturellement de nouveaux ménages. Mais elle se construit aussi sur des politiques spécifiques.
Le programme aborde ce volet à plusieurs niveaux :
▸ Centre-ville et espace public : rénovation des Halles du Marché avec des marchés thématiques valorisant les savoir-faire locaux, renouvellement du mobilier urbain, plan toilettes publiques accessibles, éclairages optimisés, implantation de bancs en centre-ville et sur les voies vertes. Ces investissements de « douceur urbaine » sont déterminants dans la perception qu'ont les habitants et les visiteurs de la qualité d'un lieu.
▸ Urbanisme et aménagement : réflexion sur l'usage des espaces vacants du centre-ville, pour éviter la paupérisation visuelle qui décourage les installations. Une vitrine vide n'attire pas un commerçant ; un centre-ville vivant en attire plusieurs.
▸ Mobilité douce : le réseau « Autun Facile » (navettes électriques à tarif unique, vélos en libre-service, pistes cyclables sécurisées) réduit la dépendance automobile, améliore la qualité de l'air et de la vie, et envoie un signal fort sur l'ambition environnementale du territoire.
▸ Stationnement incitatif : un ticket de parking couplé aux achats chez les commerçants et aux entrées culturelles — dispositif simple, déjà efficace dans d'autres villes moyennes — pour soutenir le commerce local tout en facilitant l'expérience des visiteurs.
▸ Sécurité du quotidien : optimisation de la police municipale, optimisation de l’existant, application « Veille Autun » pour le signalement en temps réel, et programme de médiation et de prévention civique. La sécurité ressentie est un critère majeur dans le choix résidentiel des familles.
Sur le volet intergénérationnel, le programme fait le pari que l'attractivité résidentielle dépend aussi de la capacité d'une ville à offrir une place à chaque génération : un Conseil Municipal des Jeunes avec budget propre, une Maison des Jeunes 2.0 ouverte en soirée le week-end, un Conseil Municipal des Seniors, et des programmes de parrainage intergénérationnel. Une ville où les jeunes choisissent de rester est une ville qui attire les familles.
2.4 — Attractivité entrepreneuriale : le cercle vertueux emploi-services-population
L'installation d'entreprises et la rétention de l'emploi local constituent le quatrième pilier de l'attractivité territoriale. Sans emploi, les ménages actifs partent ; sans ménages actifs, les commerces ferment ; sans commerces, les entreprises ne trouvent plus de collaborateurs. Ce cercle vicieux peut être inversé.
Le programme propose un dispositif complet d'accueil et de prospection économique :
▸ Une cellule « Accueil entreprises » multi-acteurs, associant artisans, commerçants, entrepreneurs, Associations Entreprises de l'Autunois, Femmes qui bougent en Autunois, Jeune Chambre Économique — pour éviter le syndrome du guichet administratif froid et proposer une mise en réseau immédiate.
▸ Un interlocuteur unique suivant chaque projet de A à Z — de la prospection à l'installation effective — avec un parcours « clé en main » réduisant les frictions administratives qui découragent trop souvent les porteurs de projets.
▸ Un plan annuel de prospection ciblée : salons professionnels, visites d'entreprises en métropoles, connexions réseaux. L'attractivité économique ne se décrète pas ; elle se prospecte.
▸ Des fiches d'offre territoriale sectorielles (industrie, santé, services, artisanat, commerces) fournissant aux prospecteurs des arguments économiques documentés sur les forces du territoire.
▸ Une coopération stratégique avec le Grand Autunois Morvan et Le Creusot, seule échelle pertinente pour peser face aux bassins d'emploi régionaux. Une seule voix, une seule marque territoriale, plus d'efficacité.
L'axe « Bien accueillir pour mieux rayonner » prend ici tout son sens économique. Un professionnel de passage qui trouve à Autun un hébergement de qualité et une table gastronomique est aussi un prescripteur potentiel pour son entreprise, son réseau, ses fournisseurs. Le tourisme d'affaires — souvent négligé dans les stratégies de villes moyennes — est un vecteur direct d'attractivité économique.
III. La logique systémique : quand les quatre piliers se renforcent mutuellement
La force de cette approche n'est pas dans chaque mesure prise isolément, mais dans leur cohérence systémique. L'économiste américain Richard Florida a montré, dès les années 2000, que les territoires qui réussissent à attirer et retenir les talents ne sont pas nécessairement ceux qui offrent le plus d'avantages fiscaux ou les loyers les plus bas — ce sont ceux qui offrent la meilleure qualité de vie perçue, la plus grande densité d'opportunités sociales et culturelles, et le sentiment d'appartenir à un projet collectif dynamique.
Appliqué à Autun, ce cadre analytique donne la lecture suivante :
▸ Un patrimoine valorisé (remparts, Panoptique, plan d'eau) attire des touristes → qui génèrent des revenus pour les hôteliers et restaurateurs → qui investissent dans leurs établissements → ce qui améliore l'offre d'hébergement de qualité → ce qui attire les professionnels en mobilité → ce qui facilite le recrutement des entreprises locales → ce qui maintient et développe l'emploi → ce qui retient les ménages actifs.
▸ Des ménages actifs présents → qui consomment dans les commerces locaux → qui maintiennent un tissu commercial vivant → qui rendent le centre-ville attractif → qui donnent envie à d'autres ménages de s'installer → qui augmentent la base fiscale → qui permettent d'investir dans les services.
▸ Des professionnels de santé installés → qui couvrent les besoins médicaux des habitants → qui rassurent les ménages en mobilité → qui facilitent l'installation de familles → qui alimentent les effectifs scolaires → qui justifient le maintien des équipements éducatifs → qui renforcent l'attractivité résidentielle.
« L'attractivité, ce n'est pas une politique sectorielle. C'est l'effet de tout ce qu'une ville fait, ou ne fait pas, pour donner envie d'y vivre, d'y travailler, d'y soigner et d'y investir. Autun a tous les ingrédients. Il manque la recette. C'est ce que nous proposons. »
Le programme « Cap Sûr Autun » ne prétend pas résoudre en six ans des décennies de fragilisation. Il propose un cap clair, des priorités assumées, et une méthode : travailler chaque levier d'attractivité en cohérence avec les autres, en évitant la dispersion et le saupoudrage budgétaire.
La conviction de Véronique Pacaut« Le tourisme, c'est la vitrine. Si la vitrine est belle, les gens entrent. Et si les gens entrent, il y a de la vie. Et là où il y a de la vie, on a envie de s'installer. La beauté d'Autun n'est pas en question. Ce qui est en question, c'est notre capacité collective à la mettre en scène, à la rendre visible, et à construire autour d'elle une ville où l'on soigne bien, où l'on entreprend, où l'on grandit et où l'on vieillit dignement. C'est ce cap que nous proposons. ». Véronique PACAUT .