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01/07/2020 03:15
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Nicolas Tisserand : «Cette nécropole romaine est une très belle découverte»

Archéologue sur le site de la découverte d’une nécropole, rue Saint-Etienne, Nicolas Tisserand met en perspective l’importante de la découverte.
L'importance de la découverte porte notamment sur des cercueils en plomb, dont Autun est un peu la capitale.

«Des particuliers ont acheté cette parcelle pour faire construire une maison. Ils savaient qu’il y avait de fortes chances pour qu’il y ait des vestiges. L’Etat a donc engagé une phase de diagnostic et les fouilles ont débuté le 8 juin», explique Nicolas Tisserand, archéologue, en charge du chantier avenue Saint-Etienne à Autun.
«Nous sommes en présence d’une nécropole de 150 tombes environ. Elles vont de cinquante centimètres à un mètre quatre vingts. On la date du milieu du 3ème siècle, au moins jusqu’au 6ème siècle. C’est donc une nécropole romaine, de la fin de l’époque romaine, 400 ans après Jésus Christ», explique encore Nicolas Tisserand. Et d’ajouter : «Elle correspond au 1er évêque d’Autun, Amator, dont il est fait mention au 18ème siècle» ?
L’archéologue ne manque pas de mettre en relief l’importance de la découverte de la nécropole : «Oui, car on n’a pas beaucoup fouillé de nécropoles comme celle-ci en France. Car les nécropoles ont disparu avec l’urbanisme. Elle faisait peut-être de 300 à 400 hectares. Peut-être qu’il y a des sépultures sous les maisons voisines à la propriété… On ne sait pas !»
Depuis début juin, les archéologues ont découvert des cercueils en plomb, en bois, des sarcophages en pierre. On a retrouvé des clous qui prouvent qu’il y avait des coffrages autour des cercueils en plomb. C’est une très belle découverte», dit Nicolas Tisserand, évoquant encore le mausolée. «Il est sans date et était sans aucun doute celui d’un notable».
C’est dans la seconde quinzaine du mois d’août qu’un sarcophage qui a été trouvé sera ouvert. Il révèlera alors peut-être d’autres secrets».
Alain BOLLERY
(Photos Alain BOLLERY et INRAP)


En savoir plus :

La nécropole paléochrétienne de Saint-Pierre l’Etrier à Autun

Une équipe d’archéologues de l’Inrap mène actuellement une fouille à Autun –l’antique Augustodunum – sur prescription de l’État (Drac Bourgogne-Franche-Comté), en collaboration avec le Service archéologique de la ville d’Autun. La fouille porte sur une nécropole située à proximité de l’église paléochrétienne de Saint-Pierre-l’Etrier. Celle-ci révèle une grande diversité de sépultures et enrichit la connaissance des pratiques funéraires paléochrétiennes, à la charnière de l’Antiquité et du Moyen Âge.

Une importante nécropole
En usage du milieu du IIIe siècle jusqu’au Ve siècle, cette nécropole est restée longtemps dans les mémoires car plusieurs mausolées étaient encore visibles au XVIIIe siècle. Certains de ces imposants monuments funéraires contenaient des sarcophages de marbre. L’un d’entre eux aurait abrité la dépouille d’Amator, parfois cité comme le premier évêque d’Autun. Un premier mausolée, tombeau fondateur de l’église Saint-Pierre, était bâti sur une villa gallo-romaine et aurait abrité la dépouille d’une personnalité localement vénérée. La nécropole accueillait les sépultures chrétiennes parmi les plus anciennes de la moitié nord de la Gaule : en provient l’une des premières mentions du Christ en Gaule, l’inscription de Pektorios, datée du IVe siècle.

Des sépultures diverses
La fouille livre aujourd’hui près de 150 inhumations. Certains individus sont enterrés dans des sarcophages en grès tandis que d’autres sont placés dans des cercueils. Ceux-ci sont généralement en bois ou en plomb. Quelques défunts sont enterrés dans des coffrages de tuiles qui rappellent les pratiques funéraires du Haut Empire. Peu d’objets sont associés aux défunts dans les sépultures, un fait conforme aux pratiques funéraires de l’Antiquité tardive. Les archéologues ont également retrouvé les traces de six mausolées et d’un édifice en bois.

Des cercueils de plomb
Les cercueils de plomb sont rares dans la moitié nord de la France. Autun en est l’un des gisements les plus importants, avec une quarantaine d’exemplaires connus, dont huit issus de la fouille en cours. Ils sont généralement anépigraphes et sans décors. Cependant, quelques-uns portent des signes cruciformes difficiles à interpréter. Placé dans un sarcophage de pierre, l’un d’entre eux semble hermétique depuis plus de 1500 ans. Son ouverture est programmée à l’issue de la fouille et pourrait révéler un individu bien conservé, avec peut-être ses vêtements et d’autres éléments rares ou fugaces l’accompagnant dans l’au-delà.

L’Inrap
L’Institut national de recherches archéologiques préventives est un établissement public placé sous la tutelle des ministères de la Culture et de la Recherche. Il assure la détection et l’étude du patrimoine archéologique en amont des travaux d’aménagement du territoire et réalise chaque année quelque 1800 diagnostics archéologiques et plus de 200 fouilles pour le compte des aménageurs privés et publics, en France métropolitaine et outre-mer. Ses missions s’étendent à l’analyse et à l’interprétation scientifiques des données de fouille ainsi qu’à la diffusion de la connaissance archéologique. Ses 2 200 agents, répartis dans 8 directions régionales et interrégionales, 42 centres de recherche et un siège à Paris, en font le plus grand opérateur de recherche archéologique européen.

Le service archéologique de la Ville d’Autun :
Créé en 1989, il a quatre missions principales : 1) Suivre les dossiers d'aménagement urbain : il réalise les surveillances de travaux et est agréé pour la réalisation des diagnostics d'archéologie préventive en amont des projets d'urbanisme. Il réalise des fouilles sur le territoire de la commune d'Autun. Ses partenaires pour cette mission sont la direction de l'Urbanisme de la communauté de communes du Grand Autunois Morvan, la direction des Services techniques de l'Autunois, les services de l'Etat (DRAC et Inrap). 2) Conserver les archives exhumées du sous-sol, à partir de la documentation issue des fouilles ou des objets mis au jour, consultables par les étudiants et les chercheurs. Ces données sont en cours d'informatisation afin de posséder un outil de gestion permettant de mieux prendre en compte, en amont des dossiers d'urbanisme, les questions relatives à la présence de vestiges archéologiques. 3) Organiser la recherche scientifique : il propose des sujets de recherches universitaires et est intégré aux programmes de recherches du CNRS, des universités et de l'institut national de Recherches archéologiques préventives. Il coordonne les recherches menées dans le quartier antique de la Genetoye, au pied du temple dit de Janus. 4) Transmettre le fruit de ces découvertes au grand public, à travers l’organisation de journées portes ouvertes de chantiers archéologiques, de conférences. Il participe aux expositions du musée Rolin et à la formation continue des guides-conférenciers du service Animation du patrimoine.

Aménagement  Privé
Contrôle scientifique  Service régional de l’archéologie (Drac Bourgogne - France-Comté)
Recherche archéologique  Inrap
Responsable scientifique  Carole Fossurier, Inrap